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La maison de Wurtemberg en Haute-Alsace et en Franche-Comté

L'origine de la maison de Wurtemberg serait Beutelsbach situé à proximité de Stuttgart et la filiation devrait remonter jusqu'à un certain Albert de Beutelsbach qui vivait en l'an 752. Les bois de cerf qui ornent les armoiries semblent indiquer que les Wurtemberg assuraient la fonction de grand-veneur du duché de Souabe ou de l'Empire. Leur château, près de Weinstadt fut témoin, en 1514, des prémices de la Guerre des Paysans, connues sous le nom de soulèvement du Pauvre Conrad, vocable qui a remplacé celui de Bundschuh. Le nom de Wurtemberg (Wirtinberg) est celui d'un château de la vallée du Neckar, dressé sur la colline du Rotenberg et son étymologie semble encore aujourd'hui assez controversée. Cette forteresse a été démolie par le roi Guillaume 1er en 1819 pour édifier une chapelle funéraire à l'intention de son épouse Catherine.

 

C'est au XIVe siècle que les comtes de Wurtemberg vont établir leur résidence à Stuttgart dans ce qui s'appelle aujourd'hui le Vieux Château qui fut transformé en palais Renaissance par Christophe et Louis de Wurtemberg au XVIe siècle. Aujourd'hui il abrite un musée historique : le Landesmuseum Württemberg. La construction de l'imposant Nouveau Château (Neues Schloss) a été entreprise par Charles Eugène de Wurtemberg en 1746 qui souhaitait reproduire un second Versailles. Presque entièrement détruit par les bombardements de 1944 il a été fidèlement reconstruit et abrite aujourd'hui des ministères du Land de Bade-Wurtemberg ainsi que des salles de réception.

 

Comment cette famille de petite noblesse ministérielle a-t-elle pu devenir comtale, ducale puis royale ? Pourquoi et comment s'est-elle implantée sur la rive gauche du Rhin, en Alsace et en Franche-Comté ? Quelles ont été les conséquences pour ces régions de l'établissement de cette famille noble d'origine germanique ? Nous allons tenter d'apporter quelques réponses à ces questions et ainsi éclairer une partie de l'histoire de notre région.

 

L'ascension de la Maison de Wurtemberg

 

Conrad semble avoir été le premier descendant à porter le titre de comte et fut investi en 1103, par l'empereur Henri IV qu'il avait soutenu dans sa lutte contre Rodolphe de Souabe, du château dont il va prendre le nom.

 

C'est au cours de la diète de Worms du 21 juillet 1495 que Maximilien 1er va élever le comté au rang de duché (Herzogtum) et faire entrer la maison de Wurtemberg dans la cour des grands princes allemands. Eberhard V, dit le Barbu, va donc être le premier duc de Wurtemberg et, amoureux des Arts et des Sciences, il va fonder l'Université de Tübingen. Cette faveur était assortie d'une clause qui prévoyait que si les successeurs mâles venaient à s'éteindre, le duché deviendrait fief vacant de l'Empire.

 

En octobre 1805, lors de la troisième coalition, Frédéric II de Wurtemberg mit ses troupes à la disposition de l'empereur Napoléon et obtint, par le traité de Presbourg le titre de roi sous le nom de Frédéric 1er. Cette alliance entre la France et Frédéric fut encore consolidée le 23 août 1807 par le mariage de sa fille Catherine avec le nouveau roi de Westphalie Jérôme Bonaparte, frère cadet de Napoléon. Les troupes Wurtembergeoises participeront aux guerres impériales aux côtés de la France jusqu'à la bataille de Leipzig de 1813.

 

L'acquisition du comté de Horbourg et de la seigneurie de Riquewihr

 

Le 7 décembre 1324 les comtes de Horbourg Walter IV et Bourcart II vendirent à leur oncle le comte Ulrich III de Wurtemberg le comté de Horbourg et la seigneurie de Riquewihr avec réserve d'usufruit. Il semblerait qu'ils avaient des difficultés financières et étaient affaiblis par des dissensions familiales : la Chronique des Dominicains de Colmar rapporte que leur ancêtre fut

 

assassiné par son cousin assisté de ses fils. Au moment de cette vente ils étaient sans héritiers mais, plus tard, Bourcart eut néanmoins encore un fils.

 

Cette vente avait été conclue pour un prix de 4400 marcs d'argent et les biens cédés, alleux et fiefs, comprenaient Horbourg et les environs (Andolsheim, Bischwihr, Fortschwihr, Muntzenheim, Sundhofen, Vogelsheim, Algolsheim, Appenwihr et Wolfgantzen) ainsi que la seigneurie de Riquewihr (Riquewihr et son château, Beblenheim, Mittelwihr, Hunawihr, Zellenberg). Parmi les biens vendus se trouvaient des fiefs de l'évêché de Strasbourg cédés sans obtenir l'autorisation de l'évêque. Berthold de Bucheck contesta cette vente et les troupes épiscopales renforcées de contingents strasbourgeois mirent à sac de Riquewihr en 1333. Par la suite, le conflit donna lieu à un arrangement qui prévoyait le retour de Zellenberg à l'évêché et la conservation par le comte de Wurtemberg des autres biens contestés mais en fiefs.

 

Il s'agit donc bien d'un accroissement territorial du comté de Wurtemberg sur la rive droite du Rhin. Ulrich III, qui avait épousé Sophie de Ferrette, connaissait ces terres du Sud de l'Alsace, savait que la plaine de Horbourg était fertile et que les vignes de Riquewihr produisaient un vin d'excellente qualité. L'autorité sur ces terres était déléguée à un bailli (Obervogt) qui résidait au château de Riquewihr, assisté de deux prévôts (Shultheiss) pour Horbourg et Riquewihr.

 

Horbourg (Argentovaria) est situé sur la rive droite de l'Ill et les différentes fouilles entreprises ont permis de mettre à jour les restes d'un castrum romain. La première fois que le château de Horbourg est mentionné c'est lors de sa destruction en 1162 par le comte Hughes IX d'Eguisheim. En 1543 le comte Georges de Wurtemberg fit reconstruire le château et son fils Frédéric 1er va le réaménager avec le concours de Henri Schickardt. D'après les épures laissées par l'architecte, ce château, entouré de douves, de vignes et de jardins, était de forme rectangulaire avec des tours d'angle et un imposant porche d'entrée fortifié. Après sa conquête par les Suédois lors de la guerre de Trente Ans, il fut repris par Georges II, qui choisira finalement Montbéliard pour lieu de résidence, et occupé par les français en 1675, puis entièrement démoli sur ordre de Louis XIV par Turenne. Les seigneurs de Horbourg possédaient encore un grand nombre de fermes seigneuriales à Horbourg même et dans les alentours.

 

La ville de Riquewihr a été fortifiée à la fin du 13e siècle par les comtes de Horbourg et une deuxième enceinte a été construite au début du 16e siècle par les ducs de Wurtemberg. La porte haute, le fameux Dolder, date du 13e siècle, servait jadis de tour de guet et abrite aujourd'hui un petit musée. L'ancien château fut démoli au 16e siècle par Georges de Wurtemberg et remplacé par une imposante demeure bourgeoise à fenêtres renaissance et pignon crénelé typique de l'art rhénan. Dans la cour du château on érigera en 1574 la chancellerie, un bâtiment administratif adossé à la porte basse de la ville. En 1793 les biens furent confisqués et vendus comme bien national et, après être passés à plusieurs propriétaires, les bâtiments ont été rachetés par la ville en 1861 pour y installer une école puis, en 1971, un musée de la poste et des communications. Celui-ci est fermé depuis 2016, faute de fréquentation suffisante, pour laisser la place à des expositions temporaires.

 

Deux autres châteaux faisaient encore partie de la seigneurie : le Bilstein (ou Bildstein) et le Reichenstein. Le premier domine la haute vallée du Sembach à une altitude de 757 m et permettait le contrôle de la route reliant Riquewihr à Sainte-Marie-aux-Mines via le col d'Aubure. La chronique de Richer de Senones relate qu'en 1217 il servait de refuge à Mathieu II de Lorraine qui venait d'assassiner l'évêque de Toul Renaud de Senlis. Les oubliettes du château inspiraient la terreur aux habitants de Riquewihr au point qu'au cours de la transaction passée avec Henri VI et la ville, en 1489, il est fait expressément mention qu'aucun bourgeois de la ville ne pourra plus y être enfermé. Durant la guerre de Smalkalde les troupes impériales assiégèrent le château tenu par les wurtembergeois en 1547. La forteresse résista aux assauts mais fut entièrement saccagée en 1636 par les troupes impériales, durant la guerre de Trente Ans. Après un incendie en 1640 la forteresse fut totalement abandonnée et utilisée comme carrière de pierre. Un donjon carré en pierres de bossage et quelques vestiges subsistent encore à l'heure actuelle.

 

La ruine du Reichenstein est située nord ouest de Riquewihr, à une altitude de 425 m, dans la forêt du Herrenwald. La première mention du château date de 1255 et il a été entièrement détruit en 1269 par Rodolphe de Habsbourg, Landgrave de Haute-Alsace, et une milice colmarienne et strasbourgeoise pour mettre un terme aux actes de brigandage des frères Giselin qui d'ailleurs, à cette occasion, furent pendus. Cette forteresse n'avait pas un grand intérêt stratégique mais était pourtant dotée d'un donjon pentagonal pour assurer la défense comme en témoignent les vestiges qui en subsistent encore aujourd'hui.

 

L'acquisition du comté de Montbéliard

 

Le 13 novembre 1397 les fiançailles de Henriette de Montfaucon avec Eberhard IV de Wurtemberg, issu de la branche aînée, furent célébrées à Montbéliard. Eberhard avait alors 9 ans et Henriette entre 10 et 13 ans, ce qui explique que le mariage n'eut lieu qu'en 1407. La maison de Montfaucon tire son nom d'un château, aujourd'hui en ruine, situé près de Besançon.

 

Henri II de Montfaucon, le père d'Henriette, décéda à la bataille de Nicopolis le 23 septembre 1396 lors de la croisade contre les ottomans conduite par le roi de Hongrie Sigismond de Luxembourg et Jean sans Peur, le futur duc de Bourgogne. Cette bataille s'était soldée par une cuisante défaite de l'armée des croisés. Le titre comtal passa à Henriette, la fille aînée, qui hérita du comté de Montbéliard c'est à dire Montbéliard et les villages environnants, les Quatre Terres (Héricourt, Blamont, Châtelot et Clémont) ainsi que les seigneuries d'Etobon, de Passavant, de Franquemont et plus tard de Granges. Le contrat de mariage prévoyait que le comté ne serait pas annexé au comté de Wurtemberg et que Henriette garderait ses droits en cas de décès de son mari. Ce mariage va permettre à la maison de Wurtemberg d'avoir un nouvel ancrage sur la rive gauche du Rhin et au comté de Montbéliard d'avoir une protection face aux appétits des ducs de Bourgogne. Eberhard va décéder en 1419 à l'âge de 31 ans et Henriette assurera la régence pour ses fils Louis et Ulrich. Elle devra composer avec un Conseil de Régence et gérer les conflits incessants avec la Bourgogne qui tentait de la vassaliser. Elle voulut encore assurer à sa fille Anna la possession des territoires à l'ouest du Rhin mais dut s'incliner après un différend avec ses propres fils. En 1442, par le traité de Nurtingen, Louis IV et Ulrich V de Wurtemberg se partageront temporairement les territoires.

 

Le château de Montbéliard va devenir le siège de l'administration centrale du comté et de celui de Horbourg-Riquewihr. C'est une ancienne forteresse datant du 10e siècle, construite sur un éperon rocheux, qui va être transformée et agrandie au 16e siècle par le prince Frédéric 1er et son architecte favori Henri Schickhardt. Le château se composait du Châtel-Derrière qui servait de résidence, avec la tour Henriette et la tour Frédéric, du Châtel-Devant avec les bâtiments de garnison et les écuries, de l'Hôtel du Bailli ou Hôtel des Gentilshommes, de la Chacellerie et de l'Arsenal. En 1770 Frédéric Eugène de Wurtemberg fit édifier le château d'Etupes conçu comme une résidence d'été plus confortable et entourée de jardins. Le futur général Kléber, inspecteur des bâtiments publics à Belfort, a participé à l'aménagement des jardins et des constructions destinées à égayer les promenades. Ce manoir devint bien national et fut entièrement détruit en 1801. Dans le comté on trouve encore d'autres forteresses aujourd'hui ruinées : les châteaux d'Héricourt, de Blamont, de Châtelot, de Clémont, d'Etobon, de Granges, de Franquemont et de Passavant.

 

L'introduction de la Réforme

 

Une plaque placée au-dessus des armoiries des Wurtemberg-Montbéliard à l'entrée du château de Riquewihr précise la date du 8 février 1487 pour la naissance du futur duc Ulrich VI de Wurtemberg. Personnage impulsif, violent et débauché, il fit tuer Hans de Hutten dont sa femme était sa maîtresse, et sera mis au ban de l'empire par Maximilien 1er. Réfugié à Montbéliard il se convertit à la religion réformée, rencontra les réformateurs suisses comme Ulrich Zwingli et Jean Oecolampade et fit venir à Montbéliard Guillaume Farel qu'il fut d'ailleurs contraint d'expulser en 1525. Il va reconquérir le duché de Wurtemberg grâce à son alliance avec Philippe de Hesse, chef de file des princes protestants allemands, et confier le comté de Montbéliard à son demi frère Georges 1er. C'est lui qui, avec l'appui de Pierre Toussain va structurer la communauté protestante et organiser le culte à Montbéliard et dans le comté de Horbourg en faisant venir des pasteurs de Bâle ou de Strasbourg, et en abolissant la messe. Sous l'influence de Mathias Erb, Riquewihr se transformera et sera même dotée d'une véritable école latine destinée aux futurs administrateurs de la cité. Ce bouleversement sera interrompu après la bataille de Muehlberg par l'Interim d'Augsbourg (1548-1552) mais les réformateurs reviendront après la révolte des princes allemands, le traité de Passau et la Paix d'Augsbourg.

 

Après la mort de Georges en 1558, son neveu Christophe lui succéda et promulgua une Ordonnance (Kirchenornung) visant à instaurer dans tout le duché la confession luthérienne. Mathias Erb sera contraint à l'exil à Ribeauvillé et l'université de Tubingen fournira dorénavant les pasteurs pour assurer le culte. A Montbéliard, après la mort de Pierre Toussain en 1573 et le Colloque de Montbéliard organisé par Frédéric 1er de Wurtemberg qui opposa Théodore Bèze à Jacob Andreae le luthéranisme stricte sera instauré dans l'ensemble des états.

 

Suivant le principe cujus regio, ejus religio,les habitants de ces contrées vont adopter la religion prévue par la confession d'Augsbourg et formeront dans le paysage alsacien et franc-comtois des enclaves luthériennes. Cette réforme se traduira aussi dans la pierre grâce à Henri Schickhardt par l'édification du temple Saint-Martin, l'aménagement du château de Montbéliard, la reconstruction du château de Horbourg ou la construction de maisons de notables à Riquewihr. Elle aura aussi des conséquences sociales en permettant l'alphabétisation du peuple par l'obligation scolaire décrétée en 1559 et l'instauration de bourses ducales permettant à la future élite de suivre les études théologiques à Tubingen. Pendant les guerres de religion ces régions vont servir de refuge aux huguenots ou de lieux de passage vers la Suisse et bénéficieront du savoir-faire de ces nouveaux arrivants.

 

L'effondrement démographique et la reconstruction

 

Pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648), ces enclaves protestantes vont être des cibles privilégiées pour les troupes impériales, espagnoles ou lorraines et l'invasion suédoise, bien qu'étant alliée, va provoquer d'importantes dévastations. Beaucoup de villages environnants seront rayés de la carte et la surpopulation dans les enceintes fortifiées va favoriser le développement de la peste.

 

Pour favoriser la reconstruction, les ducs de Wurtemberg vont en priorité faire appel aux ressortissants de la Confédération Helvétique et accueillir provisoirement les anabaptistes chassés du canton de Berne. C'est au cœur de cette communauté anabaptiste que va naître le mouvent Amish.

 

La Révocation de l’Édit de Nantes par l’Édit de Fontainebleau en 1685 va provoquer un exode massif des huguenots vers l'Angleterre, le Brandebourg ou la Suisse. Montbéliard et les terres d'Alsace ayant le statut ambigu de terres d'Empire placées sous l'autorité du roi de France vont servir de lieux de passage et parfois aussi de terres d'asiles pour ces immigrés. Cet apport de main d’œuvre et de compétences va être bénéfique et à l'origine du développement viticole de Riquewihr ou de l'essor industriel de la Franche-Comté.

 

Montbéliard au 18e siècle

 

Leopold Eberhard de Wurtemberg, fils de Georges II et d'Anne de Coligny, après une carrière militaire au service de l'empereur Léopold, va succéder en 1699 à son père à Montbéliard. Au cours de son séjour en Silésie il fit la connaissance d'une femme de chambre, Anne-Sabine Hedwiger, qu'il épousa secrètement. Pour rendre ce mariage morganatique respectable il inventa une fausse généalogie noble et obtint pour elle, de l'empereur, le titre de comtesse de Sponeck. Il s'était lié d'amitié avec Richard Curie, sergent de justice de la ville de Montbéliard, de son nom de guerre l'Espérance, qui avait quatre filles qui devinrent dames de compagnie mais aussi ses maîtresses. En 1714, Anne Sabine obtint le divorce et il se remaria avec Elisabeth Charlotte Curie. Les frasques de ce prince ont été amplement décrites par la baronne d'Oberkirch et par le duc de Saint Simon dans leurs mémoires. C'est un Conseil aulique qui va finalement exclure ses nombreux enfants issus de mariage morganatique ou illégitimes de la succession et le comté retournera à la branche aînée de Stuttgart.

 

Le duc Eberhard Louis va nommer le comte Grävenitz comme gouverneur du comté de Montbéliard lequel sera soumis de plus en plus à l'ingérence française. Comme Eberhard n'a pas eut d'héritier mâle survivant, le duché passa à son cousin Charles Alexandre, qui, pour faire carrière dans les armées impériales se convertit au catholicisme tout en donnant des garanties de ne pas toucher à la religion des états. Son fils cadet, Frédéric Eugène, frère du duc régnant à Stuttgart, va rester protestant et va séjourner à Montbéliard avant d'accéder lui-même au trône. Il est le père de Frédéric futur roi de Wurtemberg, de Sophie Dorothée futur tsarine Maria Feodorovna de Russie et de l'impératrice Elisabeth première épouse de François II du Saint Empire.

 

C'est à la résidence d'Etupes, construite par Frédéric Eugène, que Sophie Dorothée va rencontrer et se lier d'amitié avec Henriette Waldner de Freundstein, future baronne d'Oberkirch. Par la médiation de Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie va choisir Sophie Dorothée de Wurtemberg pour devenir la seconde épouse de son Fils Paul. C'est lors d'un voyage effectué en France par les futurs mariés, auquel a participé Henriette, que cette dernière fut présentée à la cour de Versailles. Henriette était la fille de François Louis Waldner de Freunstein, colonel de cavalerie au service des ducs de Wurtemberg, et frère du comte et général Christian Frédéric Dagobert. Henriette épousera par la suite le baron Charles Siegfrid d'Oberkirch et continuera à entretenir une correspondance suivie avec la tsarine qu'elle révélera dans ses mémoires publiées par son gendre.

 

L'abandon des territoires en Alsace et en Franche-Comté

 

Après les traités de Westphalie de 1648 les possessions de la maison de Wurtemberg situées sur la rive gauche du Rhin vont rester privées, néanmoins, d'après un décret de 1680 du Conseil Souverain d'Alsace, elles vont être placées sous la souveraineté du roi de France. En 1793 ces enclaves seront annexées purement et simplement, et ce n'est que le 7 août 1796, à l'occasion du Traité de Paris signé entre le Directoire et le duc Frédéric II que ce dernier va les abandonner à la France.

 

Ces territoires connaîtront à partir du 19e siècle un développement économique important dû en partie aux familles protestantes comme Peugeot, Japy, Boigeol, Dollfus ou Koechlin. Le protestantisme va aussi prendre sa part dans le développement de la viticulture à Riquewihr comme en témoignent les grandes maisons comme Hugel ou Dopff. La réputation de ce vignoble est établie depuis que des vignes de Riquewihr ont servi de garantie aux 300 000 livres que Voltaire prêta à Charles Eugène de Wurtemberg. Dans une de ses lettres adressées à la comtesse de Lutzelbourg il écrivait ceci : - Je ne sais pas quand, j'irai dans le voisinage de ces vignes sur lesquelles j'ai une bonne hypothèque. Elles appartiennent au duc de Wurtemberg. Il y a des gens qui veulent me persuader, que ce sera la vigne de Nabot, et que mon hypothèque est le beau billet  qu'a la Châtre ; mais je n'en crois rien. Le duc de Wurtemberg est un honnête homme, Dieu merci ; il n'est pas roi, et je pense qu'il croit en Dieu, quoiqu'il n'ait jamais voulu baiser la mule du pape -.

 

Bruno Meistermann

09/12/25

 

Reproduction : à l'entrée du château de Riquewihr : les armoiries des Wurtemberg-Montbéliard (trois demi ramures de cerf pour Wurtemberg et deux bars adossés pour Montbéliard) et la devise Die Stund brings End ou l'heure apporte la fin. Le personnage de droite tient un sablier et 1540 est la date à laquelle le château fut reconstruit. 

 

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