Découvrir l'Alsace en trois jours

Quelques commentaires historiques sur un séjour touristique de la promotion Enset D63 en Alsace en septembre 2022 : B. Meistermann

Avant-propos

 

Nous sommes heureux d'avoir réussi, envers et contre tout, à vous réunir en Alsace et nous avons essayé, pendant ces quelques jours, de partager avec vous les particularités de notre région mais aussi ce que nous pensons être son âme et son passé pour le moins tumultueux.

 

La succession de Charlemagne

 

Une première remarque s'impose d'emblée : depuis Charlemagne nous avons été bien plus longtemps allemands que français. A l'époque de Charlemagne l'Alsace était au centre de l'Empire, à proximité de sa capitale Aix-la-Chapelle. En 870, le traité de Meerssen passé entre Charles le Chauve et Louis le Germanique partagea le royaume de leur neveu Lothaire II qui n'a pas eu d'héritier légitime. L'Alsace va faire partie de ce qui va devenir plus tard le Saint Empire Romain Germanique et être une zone frontalière, zone de tous les dangers qui ne vont s'estomper qu'après la deuxième Guerre Mondiale. L'histoire de l'Alsace est donc, de ce fait, davantage liée à l'histoire de l'Allemagne qu'à l'histoire de la France.

 

Le traité de Westphalie

 

Nous avons appris à l'école que le traité de Westphalie va permettre au royaume de France de s'étendre jusqu'au Rhin et ainsi contribuer au prestige du Roi Soleil. Mais pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648) l'Alsace va perdre la moitié de ses habitants après l'invasion des mercenaires de Mansfeld, des Suédois, des Impériaux, des Princes protestants allemands, des Lorrains et des Français. Au point que l'on va faire appel plus tard à des allemands, des autrichiens et des suisses pour assurer son repeuplement. En 1648 l'Alsace va devenir progressivement française. J'insiste sur le terme progressivement car seuls les territoires de l'empire austro-hongrois (landgraviat de Haute et de Basse Alsace) et les possessions des Habsbourg en Basse-Alsace (obtenues par le mariage d'Albert II de Habsbourg avec Jeanne de Ferrette en 1324) étaient explicitement concernés par le traité de Munster. Il a fallu Turenne pour faire capituler Turckheim (1675) et convaincre la Décapole de prêter allégeance au roi de France. Il a fallu que Louis XIV fasse le siège de Strasbourg pour que cette ville impériale capitule en 1681. Certaines seigneuries détenues par des princes allemands, fiefs enclavés, vont faire de même peu avant la Révolution comme les possessions des Wurtemberg, le Hanau-Lichtenberg (Hesse-Darmstadt) ou le comté de Salm. Mulhouse quand à elle, liée par un pacte d'assistance à Berne et Soleure ne va devenir française qu'en 1798.

 

Les guerres contemporaines

 

La suite nous la connaissons peut-être mieux : les guerres de la Révolution et Napoléoniennes, la guerre Franco-Prussienne et la capitulation dramatique de 1870, La Grande Guerre (1914-1918) et celle de 1939-1945. Moi-même je suis né allemand puisque l'Alsace était envahie de 1940 à 1945.

 

Comme j'ai beaucoup randonné, à pieds et à vélo, j'ai croisé dans les clairières, au cours de mes balades, beaucoup de français, d'alliés et d'allemands fauchés dans la fleur de l'âge et reposant dans les nombreux cimetières militaires qui parsèment notre région.

 

Chauvinisme et quête d'identité

 

Un écrit du XVIIème siècle intitulé « das Seelzagende Elsass » (l'Alsace à la recherche de son âme) contient ce dicton :

Drey Schlösser auf einem Berge

Drey Kirchen auf einem Kirchoffe

Drey Stätt in einem Thal

Drey Offen in einem Sahl

Ist das Gantz Elsass überall

 

Trois châteaux sur une montagne

Trois églises sur un cimetière

Trois villes dans une vallée

Trois poêles dans une pièce

Se trouvent en Alsace partout

 

 

L'auteur a voulu mettre l'accent sur le fait qu'en Alsace le visiteur trouvera toujours trois fois plus qu'ailleurs. Cet écrit révèle aussi deux traits caractéristiques de l'alsacien. D'abord son chauvinisme. Il ne se passe pas une semaine sans que le quotidien local (DNA ou l'Alsace) ne trouve une lointaine ascendance alsacienne à tel ou tel homme ou femme célèbre. Quant au titre de l'ouvrage il souligne le mal-être de l'alsacien en quête de son âme, de son identité, coincé entre ces deux grandes nations que sont l'Allemagne et la France. Ce dernier trait a été magistralement dépeint en alsacien par un humoriste célèbre, fondateur du cabaret strasbourgeois « Barabli », Germain Muller, dans sa seule pièce de théâtre « Redde mer nim devun » ou « Enfin n'en parlons plus ».

 

Le dialecte alsacien est incontestablement d'origine germanique (plutôt d'origine alémanique au sud et plutôt d'origine franque au nord), mais il est truffé de mots français comme barabli, bougie, serviette, coiffeur etc... L'alsacien ne va pas dire grüss gott mais bouchour. Je me rappelle m'être rendu un jour au Haut-Koenigsbourg et le long du sentier qui y mène il y avait une source au pied d'une stèle sur laquelle était gravé en gothique allemand : promeneur voit comme cette eau est limpide et pure et montre toi aussi le plus grand respect pour la pureté de la langue de notre patrie. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser que c'était une marque prussienne de réprobation à l'encontre de l'impureté de notre dialecte.

 

Que sera l'avenir ?

 

Je termine cette introduction en soulignant que malgré les destructions dues aux multiples invasions, malgré les mesures prises par Louis XIV pour dynamiter les fortifications et les remparts de nos cités médiévales, malgré les guerres et notamment les bombardements dus à la libération de la poche de Colmar en 1945, l'Alsace reste une belle région. J'ajoute aussi que malgré le morcellement du territoire au Moyen Âge en seigneuries et en multiples possessions religieuses ou impériales, l'Alsace a su garder une certaine cohérence dans le mode de vie, la langue, la culture et l'architecture. Mais j'ai quand même de sérieuses craintes pour l'avenir.

 

Le remembrement, l'agriculture intensive et l'urbanisation ont conduit à une certaine uniformisation des paysages avec une prédominance marquée accordée à la vigne et au maïs. Nous sommes loin de l'époque où Louis XIV après avoir passé le col de Saverne pour faire le siège de Strasbourg, pouvait s'exclamer : « Quel beau jardin !». D'autre part je pense aussi que l'architecture cubique actuelle, qui se généralise pour des raisons avant tout économiques, ne pourra pas rivaliser avec l'héritage que nous ont laissé les anciens. Quant à l'alsacien, rares sont les parents actuels et à fortiori ceux qui sont sensés appartenir à l'élite, qui le transmettent à leurs enfants ; c'est le signe d'une mort annoncée liée sans doute à la mondialisation. Quelques troupes théâtrales s'efforcent toutefois à maintenir en vie cet héritage du passé.

1ère journée : La Route des Vins

 

La route des vins réunit un chapelet de villages viticoles de Marlenheim au Nord-Ouest de Strasbourg à Thann au Nord-Ouest de Mulhouse. Marlenheim était un centre économique important dans le Haut-Moyen-Âge et le lieu d'une résidence royale des rois mérovingiens et carolingiens. Thann est connu pour sa collégiale et son célèbre vignoble du Rangen déjà évoqué par Montaigne dans son Journal de Voyage en 1580 quand il est allé en Italie en passant par la Suisse.

 

Obernai

 

Obernai était l'ancienne résidence des ducs d'Alsace. Au cours de son histoire il n'y a eu que deux périodes où la Haute et la Basse-Alsace étaient placés sous l'autorité d'un duc :

 

  • sous les mérovingiens de 640 à 750. Le duché a été supprimé par les carolingiens et remplacé par deux comtés (Nordgau et Sundgau ou Basse-Alsace et Haute-Alsace),

  • du 10ème au 13ème siècle et notamment sous les Hohenstaufen, qui étaient ducs de Souabe et d'Alsace et dont la dynastie va accéder au pouvoir impérial. Frédéric Barberousse et Frédéric II (stupor mundi) en sont les plus illustres représentants.

 

Le duc mérovingien le plus connu est Etichon (Athic, Adalric) père de Sainte Odile et ancêtre de la tribu des Etichonides dont les descendants sont liés à plusieurs familles régnantes comme les ducs de Lorraine ou les comtes d'Eguisheim. Certains historiens ont voulu aussi rattacher les Habsbourg et les familles alliées comme les Zähringen et les Margraves de Bade mais les preuves paraissent toutefois fragiles.

 

Obernai est donc la ville natale de Sainte Odile mais la plaque fixée sur les remparts et qui indique sa maison natale se trouve à l'emplacement non pas de la résidence mérovingienne mais de celle des Hohenstaufen. Des remparts qui entouraient la ville il ne reste plus que quelques vestiges et une agréable promenade.

 

Obernai est aussi le berceau de la famille Oberkirch, ancienne baronnie, dont le château Hell-Oberkirch se trouve dans le parc le long de la route qui mène à Boersch. Henriette Waldner de Freundstein, baronne d'Oberkirch, est devenue célèbre par ses mémoires qui ont été publiées par son gendre. Un autre personnage célèbre originaire d'Obernai est l'évêque d'Angers et député du Finistère Charles Emile Freppel.

 

Boersch

 

La destinée de Boersch est liée au couvent de bénédictins de Saint Léonard fondé au début du XIIème siècle, sécularisé et placé sous l'autorité du chapitre de Strasbourg en 1215. C'est un charmant village viticole fortifié typique, comme par exemple Bergheim, Kientzheim, Turckheim ou Riquewihr, et qui a conservé 3 de ses 4 portes autorisant l'accès à la ville.

 

Il ne reste plus que quelques vestiges du couvent de Saint Léonard qui est devenu en fait une annexe de Boersch. En 1897 Charles Spindler, peintre et ébéniste, rejoint son ami Anselme Laugel et établit son atelier dans ces lieux. Les marqueteries Spindler connaissent un grand succès et une renommée internationale. Des artistes (peintres, sculpteurs, écrivains …) vont se réunir ici et fonder le Cercle Saint Léonard. Les principaux membres du cercle sont Gustave Stoskopf peintre, écrivain, fondateur du théâtre alsacien, Henri Loux peintre et illustrateur qui a fait la fortune des faïenceries de Sarreguemines ou Léo Schnug artiste peintre et illustrateur qui a réalisé les fresques du Haut-Koenigsbourg et décoré le Kammerzell.

 

Klingenthal

 

Klingenthal, autre annexe de Boersch, a été célèbre pour sa manufacture d'armes fondée en 1713 par Jean Henri d'Anthès maître de forge originaire du Palatinat. Cette manufacture fut transformée par lettre patente en manufacture royale en 1730. La manufacture va être par la suite transférée à Châtellerault. Un musée installé sur le site rappelle cette épopée.

 

Un descendant de Jean Henri d'Anthès, Georges Charles de Heekeren d'Anthés, va se rendre célèbre en tuant le poète Pouchkine en duel en 1837. Il va devenir plus tard maire de Soultz et sénateur.

 

Le Mont Sainte-Odile

 

Hohenbourg (Altitona) était dans les temps les plus reculés une forteresse comme en témoignent les vestiges du Mur Païen, une enceinte de 11 km destinée à la protection du site. Le duc d'Alsace Etichon va en faire don à sa fille Odile pour la fondation, en l'an 680, d'un monastère dont elle sera la première abbesse. Le site va devenir, à la suite de la canonisation d'Odile par le pape Léon IX, le lieu de pèlerinage le plus emblématique de l'Alsace.

 

La légende de Sainte Odile va devenir le mythe fondateur de l'Alsace un peu comme celle de Guillaume Tell pour la constitution de la confédération helvétique. La légende prétend que Odile, fille aînée du duc d'Alsace et de sa femme Bereswinde est née aveugle. Pour la préserver de la fureur de son père, sa mère va la confier à une nourrice, puis à l'abbesse de Baumes les Dames. Après son baptême par l'évêque de Ratisbonne elle recouvra la vue. Son frère Hughes ayant appris la nouvelle va la chercher pour la ramener à la cour. Etichon entre alors dans une rage folle et tuera ce dernier. Il voulut donner Odile en mariage à un seigneur allemand mais comme elle souhaitait se consacrer entièrement à Dieu, elle va s'enfuir. Finalement, pris de regrets, Etichon se réconciliera avec sa fille et lui fit don de ses possessions pour la fondation du monastère.

 

On ne peut que se ranger à l'avis de Christian Pfister qui dit que les seuls faits historiquement prouvés sont que Sainte Odile a existé, qu'elle était la fille du duc d'Alsace et la première abbesse de Hohenbourg, tout le reste relève de la légende. Le lieu va attirer de nombreux pèlerins dont les plus illustres sont des empereurs, comme Louis le Pieux, Frédéric Barberousse ou Charles IV le chasseur de reliques ainsi que des papes, comme Léon IX ou Jean-Paul II.

 

Les abbesses les plus connues sont Relinde et Herrade de Landsberg. Cette dernière est l'auteure d'un manuscrit célèbre du 12ème siècle : le Jardin des Délices (Hortus Deliciarum). Ce manuscrit a été détruit par les bombardements de Strasbourg en 1870. Des reproductions ont été conservées qui sont aujourd'hui visibles au Grand Séminaire de Strasbourg.

 

De nombreuses ruines de châteaux-forts entourent le Mont Sainte-Odile, forteresses destinées jadis à protéger le site et accessibles aujourd'hui par les sentiers balisés par le Club Vosgien : le Landsberg, le Haut-Andlau, le Spesbourg, les châteaux d'Ottrott (Rathsamhausen et Lützelstein), le Dreistein, le Kagenfels, le Hagelschloss, Birckenfels etc ...

 

 

Barr

 

Barr est un ancien fief impérial donné par Maximilien à son vice-chancelier Ziegler et vendu par les héritiers de ce dernier à la ville de Strasbourg. La renommée de Barr reposait sur le vignoble et les tanneries qui utilisaient l'eau de la Kirneck. Il reste à l'heure actuelle encore deux tanneries : Degerman et Haas qui travaillent pour l'industrie du luxe. Une autre curiosité est la folie Marco construite au 18ème siècle par un avocat, membre du Conseil Souverain, le bailli Marco.

 

Andlau

 

Andlau est le nom d'une petite cité, de la rivière qui la traverse et d'une ancienne famille noble, les comtes d'Andlau. C'est à Andlau que la dernière impératrice carolingienne Richarde de Souabe fonda en 880 un monastère de femmes nobles et s'y réfugia après sa répudiation par Charles III dit le Gros. La légende nous apprend qu'une ourse lui aurait indiqué l'emplacement. Il ne reste comme vestige de l'ancien monastère que la crypte, une frise qui orne l'abbatiale actuelle et une châsse-reliquaire.

 

Savez-vous que trois impératrices ont choisi l'Alsace pour leur dernière demeure ?

 

  • Ermengarde ou Irmengarde, femme de Lothaire 1er et descendante d'Etichon, qui a été inhumée dans un monastère créé par elle en 821 à Erstein, alors que son mari est inhumé à Prüm,

  • Sainte Richarde inhumée à Andlau alors que le tombeau de Charles le Gros se trouve à Reichenau au bord du lac de Constance,

  • Et sainte Adélaïde, ou Adelaïde de Bourgogne, reine d'Italie et impératrice après avoir épousé en deuxième noce Otton le Grand, régente sous son fils Otton II et son petit fils Otton III, et qui a été inhumée dans un monastère fondé en 991 par elle à Seltz. Le tombeau de son mari et d'Edith d'Angleterre, sa première femme, se trouve à Magdebourg.

 

Un descendant des comtes d'Andlau est à l'origine de l'itinéraire des châteaux d'Alsace.

 

 

Dambach-la-Ville

 

C'est près de Dambach-la-Ville que le dauphin, fils de Charles VII et futur Louis XI, a été blessé en 1444 par un carreau d'arbalète lorsqu'il s'est dirigé vers l'Est à la tête des Armagnacs, ramassis de mercenaires désœuvrés de la Guerre de Cent ans. Après avoir été tenu en échec par les bâlois à la bataille de Saint-Jacques ses troupes ont envahi l'Alsace. Le roi Charles VII va lui demander de revenir avec le reste de ses troupes.

 

La ville est dominée par le château du Bernstein, forteresse ayant appartenu aux Eguisheim puis aux évêques de Strasbourg. C'est un natif de Dambach, Théophile Bader, qui, avec son ami et cousin Kahn, va fonder les Galeries Lafayette en 1894.

 

Scherwiller

 

C'est à Scherwiller que s'est déroulé un épisode particulièrement sanglant de la Guerre des Paysans. Il y avait déjà un soulèvement à la fin du 15ème siècle qui prit le nom de Bundschuh. Mais c'est en 1525 que cette guerre, importée d'Allemagne, prit de l'ampleur et fut violemment réprimée par les troupes du duc Antoine de Lorraine. Plusieurs milliers d'insurgés furent exterminés à Saverne et plus tard à Scherwiller. Une croix, située au bord de la route qui va de Scherwiller à Châtenois, porte l'inscription 1525 et marque encore l'emplacement de la fosse commune. Plus qu'une jacquerie, c'était un soulèvement important dont le catalyseur a été la Réforme, notamment les écrits de Thomas Müntzer, avec des revendications sociales affirmées et dont la répression va fortement marquer la mémoire collective.

 

Dominant la plaine, à l'entrée de la vallée de Sante- Marie-aux-Mines se trouve la forteresse de l'Ortenbourg qui appartenait à Rodolphe IV de Habsbourg qui va devenir roi sous le nom de Rodolphe 1er en 1273. C'est Gertrude de Hohenberg, appelée plus tard Anna de Habsbourg, qui va l'apporter en dot avec une partie du Val de Villé. Rodolphe va transformer l'Ortenbourg en véritable forteresse. Alors que Rodolphe 1er est inhumé dans la cathédrale de Spire, Anna de Habsbourg est inhumée dans la cathédrale de Bâle avec un de ses fils décédé en bas âge.

 

Kintzheim

 

Ou Koenigsheim, est un ancien lieu de résidence des rois mérovingiens et carolingiens. Le château de Kintzheim abrite aujourd'hui la Volerie des Aigles.

 

Haut-Koenigsbourg

 

Vraisemblablement édifié par les Hohenstaufen car dans les écrits anciens il est question d'un château sous le nom d'Estuphin, forme romane de Staufen, le Haut-Koenigsbourg a connu plusieurs périodes :

 

  • sous domination lorraine jusque vers 1380

 

Ces territoires ont été acquis par Fulrad abbé de Saint-Denis, archi-chapelain et conseiller à la cour de Pépin le Bref, de Carloman et de Charlemagne dans le but de fonder un monastère. Fulrad va aussi créer de la même façon un monastère dans le Val de Liepvre. Avec l'évêque Burckard de Wurzbourg il va négocier à Rome l'appui du Pape Zacharie au coup d'état fomenté par Pépin le Bref alors Maire du Palais. Fulrad va d'ailleurs rapporter de Rome plusieurs reliques dont celle de Saint Hippolyte. C'est cette relique qui va donner le nom à la cité. Avant sa mort Fulrad légua tout ses biens à l'abbaye de Saint-Denis.

 

Ce sont les ducs de Lorraine qui vont occuper les fonctions d'avoués et donner en fief ces possessions à leur vassaux. C'est un de ces vassaux, le comte d'Oettingen, qui va céder le fief à l'évêque de Strasbourg. Une commission d'arbitrage composée de représentants de la noblesse va conclure à la validité de cette vente. Le duc de Lorraine s'opposa à cette décision et va même donner le fief à son beau-père, le duc de Wurtemberg.

 

  • possession de l'évêque de Strasbourg jusque vers 1470

 

Après plusieurs années de tergiversations l'évêque Frédéric de Blankenheim parvint à un accord qui précisa que le château sera rattaché à Orschwiller et deviendra propriété de l'évêché. Saint-Hippolyte va rester propriété lorraine, les ducs de Lorraine vont d'ailleurs y construire un château. L'évêché va céder au duc de Wurtemberg des biens situées sur la rive droite du Rhin en compensation.

 

Le château va devenir par la suite un repaire de chevaliers-brigands qui rançonnaient les voyageurs. En 1462 une famille patricienne de Strasbourg se rendant à Bâle fut attaquée. Cette action provoqua une levée de boucliers et le château fut assiégé par les milices de la ville Strasbourg, les Rappolstein (Ribeaupierre) et l'archiduc Sigismond d'Autriche régent de Haute-Alsace.

 

Pour éviter que des brigands ne s'y réinstallent, le château est donné à l'archiduc d'Autriche et devint donc possession des Habsbourg.

 

  • possession des Habsbourg de 1470 à 1648

 

Le château va être donné en fief aux de Thierstein qui entreprennent sa reconstruction, une famille noble originaire d'Argovie et fidèle aux Habsbourg. Après la disparition des de Thierstein le château va être administré par une série de prévôts comme les Sickingen ou les Bollwiller. Le dernier prévôt devra faire face au siège et à la destruction du château par les Suédois pendant la guerre de Trente Ans.

 

  • propriété du roi de France de 1648 à 1870

 

Après les traités de Westphalie le château devient possession du roi de France donné en fief aux Sickingen, aux Fugger et en 1770 à Henri de Boug premier président du Conseil Souverain.

 

  • possession de la ville de Sélestat

 

Plus tard le château et la forêt attenante vont être vendus aux enchères avant d'être cédés à la ville de Sélestat

 

  • possession de l'empereur Guillaume II

 

Après la débâcle 1870 la ville va donner le château à Guillaume II qui va le reconstruire avec l'aide de l’architecte Bodo Ebhardt.

 

Après la Grande Guerre le château va revenir à la ville, puis au département du Bas-Rhin et maintenant à la Collectivité Européenne d'Alsace.

 

 

Saint-Hippolyte

 

C'est ici que Fulrad a créé son monastère qu'il a doté d'une relique de Saint-Hippolyte. Hippolyte était un soldat romain qui fut marqué par le comportement de Laurent et qui s'est converti au christianisme. Les armoiries de la commune retracent le supplice du martyr qui fut flagellé et attaché par les pieds à un cheval. Au pied de la montagne on peut apercevoir l'Hôtel Val-Vignes c'est à cet emplacement que se trouvait la résidence des ducs de Lorraine.

 

Rorschwihr

 

La grande cave qui domine le village est celle Rolly-Gasmann, famille de viticulteurs bien connus dans la région.

 

Bergheim

 

Petite ville fortifiée qui a connu un passé assez mouvementé. Une promenade autour de la ville permet de voir encore les vestiges des anciens remparts. C'est à Bergheim qu'on a trouvé en 1848 une mosaïque d'une ancienne villa romaine qui est aujourd'hui visible au Musée Unterlinden de Colmar.

 

Sur la route qui mène à Thannenkirch se trouve le Reichenberg, ancienne forteresse, qui a été acquise par Edmond Bapst, ancien ambassadeur issu d'une famille de joaillier parisiens, et une ancienne commanderie de l'ordre du Temple : le Tempelhof. Bergheim est aussi célèbre pour ses sorcières et servait de refuge aux petits délinquants ayant fait amende honorable. Une plaque de pierre accrochée à la porte qui mène au village représente l'un d'eux en train de montrer ses fesses à la maréchaussée.

 

 

Ribeauvillé

 

Ribeauvillé est la ville des Ribeaupierre. L'histoire des Ribeaupierre se décline en trois actes.

 

Ribeaupierre est une traduction très approximative de l'ancien nom de Rappoltstein. Littéralement, la pierre ou le rocher de Rappolt. Cet endroit rocailleux aurait été donné par Pépin le Bref à un chevalier fidèle du nom de Rappolt. Mais il n'existe aucun écrit, aucune charte ni aucune chronique qui confirme cette histoire parvenue jusqu'à nous par la tradition orale. L'histoire est pourtant plausible car au 11ème siècle on a repéré au moins deux von Rappolstein : un prieur du chapitre de Strasbourg et un autre qui avait une héritière du nom de Emma. C'est avec Emma que l'on passe au deuxième acte.

 

Emma va épouser en 1022 un seigneur originaire d'outre-Rhin du nom de Egenolphe von Urslingen. Les von Urslingen sont connus pour avoir accompagné les empereurs dans leurs aventures italiennes. L'un d'eux est même devenu duc de Spolète et sa fille Adelaïde la maîtresse de Frédéric II. Eguenolphe, après son mariage, va prendre le nom de von Rappolstein et la ville qui s'est développée dans la seigneurie prendra le nom Rappoltsweiler.

 

Je ne puis m’empêcher de vous raconter une petite anecdote. Un jour nos enfants nous ont offert un séjour en Forêt Noire. Lors d'une de nos pérégrinations nous sommes tombés, dans un fond de vallée, sur un prieuré du nom de Wittichen dans le Kinzigtal. Nous avons visité l'église et mon attention a été attirée par une pierre tombale portant les armoiries d'un chevalier. J'ai dit à ma femme, ces armoiries sont celle des Ribeaupierre : d'argent à trois écussons de gueule. Renseignement pris, la pierre tombale appartenait à un seigneur von Urslingen. Autrement dit les von Rappolstein ont repris les armoiries des von Urslingen.

 

C'est ce Eguenolphe qui est sans doute à l'origine du plus ancien des châteaux : le Saint-Ulrich qui porte le nom du patron de la chapelle castrale. Les deux autres s'appellent le Giersberg, nom d'un vassal et le Haut-Rappolstein. La dynastie des von Rappolstein va marquer l'histoire de l'Alsace. Le personnage le plus célèbre est sans doute Guillaume von Rappolstein, chargé en 1476 de l'administration des biens de l'Autriche antérieure et décoré de l'ordre de la Toison d'Or.

 

Notons aussi que les von Rappolstein étaient seigneurs et protecteurs des ménestrels, joueurs de fifres et autres saltimbanques qui se retrouvaient chaque année à Ribeauvillé pour une grande fête où le vin coulait à flot. Le dimanche matin toute cette troupe se rendait en procession au monastère de Dusenbach pour témoigner leur attachement à la Vierge. Cette fête est d'ailleurs reconduite, encore à l'heure actuelle, chaque année.

 

Sans plus attendre passons au troisième et dernier acte. Après la Guerre de Trente Ans, les Rappolstein vont faire allégeance au nouvel homme fort : le roi de France et changer le nom en Ribeaupierre. Le dernier représentant, Jean-Jacques de Ribeaupierre qui sera élevé à la dignité de comte, va s'éteindre en 1673 et laisser deux filles dont l'une va renoncer à la succession qui ira donc à Catherine Agathe. Cette dernière va épouser Christian II de Birkenfeld, issu d'une branche cadette des Wittelsbach, électeurs palatins. Le dernier représentant avant la révolution va être Maximilien de Birckenfeld Deux-Ponts qui va mettre son armée au service de Napoléon et devenir Roi de Bavière sous le nom de Maximilien 1er. Maximilien était un charmeur, un bon vivant qui ne regardait pas à la dépense et qui s'attardait volontiers dans les loges des théâtre ou de l'opéra. Il retourna sa veste quand le prestige de Napoléon commença à décliner et s'allia à la coalition qui s'est formée contre lui pour sauver son trône.

 

 

Sigolsheim

 

Célèbre pour son église néo-romane, sa nécropole qui rassemble les tombes des victimes alliés de la libération de la poche de Colmar et pour son champ du mensonge lieu où se sont rencontrés les armées de Louis le Pieux opposées à celles de ses fils du premier lit : Lothaire, Louis et Pépin. C'est là que Louis le Pieux fut fait prisonnier et contraint à l'abdication.

 

2ème journée : Strasbourg

 

Bref rappel historique

 

Ancien camp militaire romain (argentoratum), la ville va s'affranchir du pouvoir épiscopal par la bataille de Hausbergen (1262) qui va sceller la défaite de l'évêque Walter de Géroldseck face aux troupes de la ville conduites par Nicolas Zorn et appuyées par Rodolphe de Habsbourg alors landgrave d'Alsace. Strasbourg va devenir ville libre impériale dotée d'un gouvernement original :

 

  • d'un ammeistre nommé pour un an par la bourgeoisie,

  • de 4 stettmeistre élus par la noblesse qui exerçaient leur fonction à tour de rôle pendant un trimestre,

  • de 3 « geheime Stuben » : conseil des 13, des 15 et des 21.

 

Ce magistrat, au seizième siècle, va être favorable à l'introduction de la réforme, la messe va être supprimée en 1529, la cathédrale de Strasbourg va devenir temple protestant, une Haute Ecole (Gymnase) va être crée et confiée à Jean Sturm. L'administration épiscopale s'installa à Molsheim et Jean de Manderscheid appela les jésuites pour lancer la contre-réforme. Les factions catholiques et protestantes du chapitre vont même jusqu'à élire chacune leur propre évêque.

 

La cathédrale

 

Après la destruction de l'ancien édifice carolingien par les alamans, c'est Werner de Altenbourg, ancêtre des Habsbourg et ami de l'empereur Henri II le Saint, qui va faire construire une cathédrale romane en 1015. Celle-ci va être reconstruite et embellie après plusieurs incendies successifs aux siècles suivants.

 

La cathédrale gothique actuelle a été édifiée à partir de 1220 sur les fondations de l'ancienne cathédrale romane, l'espace entre les deux tours a été comblé en 1388 et la flèche rajoutée en 1439. Différents maîtres d’œuvre se sont succédés ; le plus connu est Erwin dit de Steinbach auteur notamment de la façade principale.

 

La Révolution va entraîner le saccage de la cathédrale et il est même question de démolir la tour mais elle sera préservée, toutefois coiffée d'un bonnet phrygien en tôle rouge.

 

Le séjour de Goethe

 

Entre 1770 et 1771 Goethe, à l'âge de 21 ans, va séjourner à Strasbourg pour terminer ses études de droit et découvrir la langue et les coutumes françaises. Dans son livre « Von deutscher Baukunst » Goethe célèbre le génie de celui qu'il considère comme l'architecte de la cathédrale : Erwin de Steinbach. A son grand désespoir il n'a pas retrouvé sa tombe. La pierre tombale va être découverte au 19ème siècle dans une cour intérieure, cachée par le tas de charbon qui servait au chauffage de l'édifice.

 

A Strasbourg Goethe va faire deux rencontres importantes : Gottfried Herder qui va d'ailleurs épouser une alsacienne : Marie Caroline Flachsland la fille du bailli de Riquewihr, et son amour de jeunesse, Frédérique Brion, la fille du pasteur de Sessenheim et qui va inspirer le personnage de Gretchen dans Faust. La langue allemande a conservé d'ailleurs l'expression « Gretchenfrage » pour désigner une question embarrassante en référence à la question posée à Faust par sa bien-aimée : « Wie hast du es mit der Religion » (où en es-tu avec la religion). Faust qui a vendu son âme au démon est bien embarrassé pour lui répondre.

 

En fait, Goethe aura trois aventures amoureuses qui ont un lien avec l'Alsace : Frédérique Brion, Lilli Schoenemann fille de banquier qui va épouser plus tard le baron Bernard Frédéric de Turckheim élu maire de Strasbourg après la Révolution, et Charlotte Buff qui va inspirer le personnage de Lotte dans Werther. Charlotte va épouser un certain Kestner dont un descendant va fonder l'industrie chimique de Thann et Mulhouse. Une fille de ce dernier va épouser un ingénieur du nom de Auguste Scheurer. Scheurer Kestner élu sénateur et vice-président du Sénat va s'engager dans la défense du capitaine Dreyfuss.

 

La Neustadt

 

Après la guerre de 1870 Strasbourg devient la capitale du Reichsland Elsass-Lothringen et les autorités impériales décident d'installer un nouveau quartier au Nord et Nord-Est de la ville : la Neustadt. Le point central de la Neustadt va être la Kaiserplatz aujourd'hui Place de la République.

Les constructions vont démarrer en 1880 avec la nouvelle gare, la nouvelle université, le palais impérial, aujourd'hui Palais du Rhin, le Landtag, aujourd'hui Théâtre National de Strasbourg, et la Bibliothèque Nationale Universitaire.

 

L'annexion va aussi drainer vers Strasbourg une importante population allemande et la ville va passer de 80000 à 180000 habitants entre 1870 et 1914.

 

3ème journée : Colmar et Eguisheim

 

Colmar

 

Colmar qui est évoqué pour la première fois en 823 sous le nom de « Columbarium » comme résidence royale, deviendra ville impériale en 1224 et adhérera à la Décapole en 1354. En 1672 les troupes françaises s'empareront de Colmar et détruiront les remparts.

 

Le musée Unterlinden est installé dans un couvent de Dominicaines fondé en 1252. Il est célèbre pour son cloître et ses collections de peinture et de sculpture de la fin du Moyen Âge et notamment le retable d'Issenheim sculpté par Nicolas de Haguenau et peint par Mathias Grunenwald de 1512 à 1516. Une extension incluant les anciens Bains Municipaux a été entreprise en 2012 et confiée au cabinet d'architecture suisse Herzog et de Meuron réalisateur entre autres des Roche Towers de Bâle.

 

Eguisheim

 

Eguisheim est le berceau de la famille des comtes d'Eguisheim. Cette famille avait d'importantes possessions en Alsace jusqu'au 13ème siècle. Le comte Eberhard d'Eguisheim, neveu de Sainte Odile fonda en 727 avec l'aide de Saint Pirmin l'abbaye princière de Murbach et la dota de territoires importants comme la vallée du Florival et la haute vallée de la Thur. Les Eguisheim avaient des alleux à Eguisheim avec les Trois Châteaux, dans le val d'Orbey avec les châteaux du Hohnack et du Wineck, près de Dambach-la-Ville avec le Bernstein et dans la vallée de la Bruche avec Guirbaden. Hughes IV d'Eguisheim épousa Heilwige de Dabo ce qui lui permit d'accroître ses possessions dans le nord de l'Alsace et en Moselle. Un de leur fils, Bruno d'Eguisheim, va devenir évêque de Toul puis Pape sous le nom de Léon IX. Cette ascension est essentiellement due à la proximité des Eguisheim avec les empereurs francs comme Conrad le Salique ou Henri III.

 

 

Avec l'aide du moine Clunisien Hildebrand, futur pape Grégoire VII, Léon IX va engager les réformes visant à affranchir l'église du pouvoir temporel, réformes qui déboucheront plus tard sur la Querelle des Investitures. Mais il ne pourra pas éviter le schisme entre l'église d'occident et celle d'orient. Il va être capturé par les Normands après la bataille de Civitate en 1053 et décéder en 1054.

 

Il fera deux visites en Alsace au cours desquelles il va canoniser Sainte Odile et Sainte Richarde et offrir un morceau de la Croix au monastère de Woffenheim fondé par ses parents (aujourd'hui Sainte-Croix-en-Plaine) et une relique de Saint Cyriaque au monastère de la famille à Altorf.

 

Gertrude, fille d'Albert II de Dabo Moha sera la dernière héritière des possessions des Eguisheim. Elle va décéder à un peu plus de vingt ans, en 1225, après 3 mariages (Thiébaud duc de Lorraine, Thibaud IV comte de Champagne et le comte Simon de Linange) sans laisser de descendance. Elle sera inhumée à Sturzelbronn auprès de son premier mari.

 

L'héritage sera très convoité et donnera même lieu à des querelles parfois sanglantes. Finalement l'essentiel des possessions ira aux évêques de Liège (comté de Moha), de Metz et aux Linange (comté de Dabo) et de Strasbourg (possessions des Eguisheim en Haute et en Basse Alsace).

 

 

Arrivés à la fin de notre périple, nous ne pouvons que regretter d'avoir omis de vous montrer quelques autres richesses incontournables de notre région comme l'abbatiale romane d'Ottmarsheim, les majestueux vestiges de l'abbaye de Murbach, la prestigieuse collection automobile des frères Schlumpf, ou les paysages de nos crêtes vosgiennes. Ce sera pour la prochaine fois !

 

 

 

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