Rodolphe 1er de Habsbourg

De manière ininterrompue on ne peut remonter la filiation des Habsbourg que jusqu'au 10ème siècle. A cette époque vivait en Alsace un comte tout-puissant ; sa femme Gebelinde lui apporta des biens dans la région de Windisch. Son fils Lanzelin (Landolt ) prit le titre de comte de Windisch et d'Altenbourg. Il régnait sur le Thurgau au nom de l'empereur. Après sa disparition en 991, ses fils se partagèrent l'héritage. C'est par la force que Radbot s'appropria les baillages libres et les remit à sa femme Ita, une princesse lorraine. Elle ne voulut pas conserver ces biens mal acquis et, avec l'accord des frères de son mari et en particulier celui de Werner, l'évêque de Strasbourg, elle fit une donation, au début du 11ème siècle, d'une partie au profit de l'abbaye de Muri.

 

Entre temps les frères se trouvèrent mêlés dans un complot contre l'empereur Henri 1er. L'évêque Werner qui craignait les poursuites d'un ennemi si redoutable envoya, en l'an 1019, à Radbot une forte somme d'argent pour la construction d'un château imprenable dans l'Argau. Lorsque le château de Habsbourg fut terminé il admira la hauteur et la solidité des murs de la forteresse mais déplora l'équipement rudimentaire des pièces. Il voulut savoir à quoi était employé le reste de l'argent. Son frère lui promit de présenter le décompte des dépenses pour le lendemain.

 

Durant la nuit, en secret, celui-ci rassembla tous les hommes à son service et de la noblesse environnante et, au petit jour, du haut des remparts, il montra cette troupe armée à l'évêque. Pris de panique, ce dernier se croyait encerclé par l'armée de l'empereur. Ne te fais pas de soucis dit Radbot, j'ai loué ces hommes pour notre protection, c'est à cela que j'ai employé l'argent.

 

L'empereur devint de plus en plus sévère avec l'évêque. Pour sa disgrâce, il l'envoya comme émissaire à Constantinople où l'empereur grec le fit exiler sur une île et où il s'éteignit en l'an 1029.

 

Comme les deux autres frères, Rodolphe et Lanzelin, n'avaient pas de successeurs, Radbot entra en possession d'un très vaste territoire. C’est son fils Werner qui poursuivit la lignée. Deux actes de 1099 et de 1114 laissent penser que c'est lui qui, le premier, prit le titre de comte de Habsbourg.

Son fils Otto fut assassiné en 1110. Le fils de ce dernier, Werner, vécut jusqu'en 1059 et selon certains même jusqu'en 1063. Le fils de Werner, Adalbert ou Albrecht obtint de l'empereur Frédéric 1er plusieurs fiefs dans le Zurichgau et dans le comté de Bade. Le fils d'Adalbert, Rodolphe, obtint de l'empereur Otton IV les bailliages des cantons primitifs d'Uri, Schwyz et Unterwalden. Mais Henri, le roi des romains repris ces bailliages à son comte en 1231. Rodolphe mourut en 1232 en laissant deux fils : Albert et Rodolphe.

 

Albert épousa Edwige, une comtesse de Kybourg, de leur union est né Rodolphe dont nous relatons l'histoire.

 

Rodolphe de Habsbourg est né le 1er mai 1218. C'est l'empereur Frédéric, qui séjourna dans les environs, qui le tint sur les fonds baptismaux. Son père est mort en Syrie au cours d'une croisade et l'empereur pris en charge l'orphelin et s'occupa de son éducation. Par son éducation et ses manières, le jeune homme sut se faire apprécier par tous. Très tôt il se révéla être un héros, non seulement dans les jeux mais aussi sur le champ de bataille pendant les conflit qui opposèrent les Guelfes et les Gibelins. Certains auteurs avancent même qu'il participa à la croisade de Saint Jean d'Acre. Suivant l'esprit de l'époque il lavait chaque injure dans le sang. Pour un mot de travers il tua Hugues de Taufenstein et lui prit son château.

 

La même année il détruisit quelques villages de son oncle, le comte de Lanzenbourg, dont il ne supportait plus la tutelle. Il se réconcilièrent bientôt à nouveau. L'année suivante il entra en conflit avec son oncle maternel le comte Hartmann de Kybourg. Ce dernier put à nouveau entrer en possession des terres conquises contre une forte somme d'argent. Suite à celà il les donna en fief à l'évêque de Strasbourg.

 

En l'an 1252, il est mêlé à un conflit avec l'évêque de Bâle. L'évêque cherchait à s'approprier certains droits en Alsace. Rodolphe, partisan de l'empereur Frédéric et du roi Conrad, l'exaspérait depuis un certain temps. Avec l'aide des trois cantons et de nombreux nobles Rodolphe ravagea la région de Bâle et le couvent de Sainte-Marie-Madeleine. La Prieure se plaignit auprès du Pape Innocent IV. La bravoure de Rodolphe et son abord agréable firent grandir sa renommée. Il savait faire preuve de rapidité et d'agressivité envers l'ennemi mais aussi être proche et prêt à servir autrui.

 

Un jour, lorsqu'il vit un prêtre marcher dans le marais en portant le saint sacrement, il descendit de sa monture et la lui offrit. Il détestait les pédants mais estimait les gens instruits. D'après Grasser, il fréquentait beaucoup le chanoine Conrad de Mure de Zurich.

 

Pendant le Grand Interrègne, après l’assassinat du roi Guillaume de Hollande les électeurs furent divisés. Certains élurent Richard de Cornouailles et d'autres Alphose de Castille. Les Trois Cantons, la ville de Strasbourg et celle de Zurich choisirent Rodolphe comme protecteur et commandant des troupes pour assurer leur sécurité.

 

Son influence fut grande comme le prouve son attitude dans le conflit qui opposa les Itzelinge et les Gruba qui mit le canton d'Uri en ébullition. De chacune des parties, Rodolphe demanda à vingt personnes de sceller la réconciliation. La partie qui rompait la trêve devait verser 60 marks au comte et 60 autres à l'autre partie en guise de pénalité ; les vingt personnes devaient s'en porter garant. En plus la partie fautive serait à jamais vouée au déshonneur et à la déchéance de ses droits. La preuve de ce compromis serait confiée à quatre personnes. En cas de décès de l'un d'eux ils étaient tenus de désigner un remplaçant. Cet acte devait porter les sceaux du comte Rodolphe et du canton d'Uri.

 

En 1245 Rodolphe épousa la comtesse Gertrude de Frohbourg et de Hohenberg. Son beau-père lui fit cadeau de la ville de Zofingue. Bien qu'il était heureux dans les bras d'une épouse aussi gracieuse, elle ne le retint pas dans sa marche vers la gloire. La vie familiale était au contraire un stimulant pour ses exploits héroïques.

 

En 1260 il se rendit auprès du roi de Bohême Ottocar. Avec ses mercenaires il battit le roi Bela de Hongrie. Il retourna dans ses terres couvert de gloire pour faire face aux troubles de l'Interrègne. A peine était-il revenu en Alsace que les bourgeois et l'évêque de Strasbourg réclamèrent son intervention. Au début, il semblait prendre le parti de l'évêque pour pouvoir récupérer la donation faite par le comte Hartmann de Kybourg. Quand il vit que sa démarche serait vaine, il prit le parti des bourgeois. Il enleva à ce tyran d’ecclésiastique Mulhouse, Colmar et Kaysersberg. Il rendit en 1263 ces villes au nouvel évêque Henri et en échange il obtint l'accord du chapitre pour récupérer la donation de Kybourg. Le comte Hartmann s'éteignit en 1264 et Rodolphe pris possession de Kybourg, Winterthur, Baden, Wandelbourg et Meersbourg ainsi que diverses seigneuries du Thurgau.

 

Pendant les troubles liés à l'Interrègne les villes impériales connurent des destinées variables. Elles arrivaient à échapper aux convoitises des nobles grâce à la jalousie qui régnait dans leurs rangs et au regroupement en confédérations. Pour échapper aux pressions, les gens de Zurich se sont adressés d'abord à Ulrich de Regensperg pour qu'il devienne leur protecteur et chef de guerre. Le seigneur leur proposa de se soumettre et prêter allégeance ce n'est qu'à ces conditions qu'il pourra les protéger. Entourés par les châteaux de ce seigneur les Zurichois étaient pris comme des poissons dans un filet.

Dans ces conditions ils s'adressèrent à Rodolphe de Habsbourg. De toute façon ce dernier était depuis longtemps en conflit avec Ulrich de Regensperg la demande des Zurichois tombait à pic pour assouvir sa soif de vengeance. De nombreux nobles s'étaient réunis autour d'Ulrich de Regensperg et ils pensaient être assez puissants pour surprendre les partisans de Rodolphe. En voyant son armée Ulrich s'exclama avec ironie : « Nous avons assez de monde pour tailler des croupières à ce Habsbourg. ». Son bouffon, qui entendit ces mots, les rapporta à Rodolphe ; celui-ci rassembla ses troupes, se dirigea vers l'ennemi et remporta une victoire en rase campagne.

 

Un autre jour il se dirigea le château de Baldern et cacha trente valets de pied dans les buissons. Accompagné de trente cavaliers il attira à lui les occupants du château et pendant ce temps la troupe des valets sortit de derrière les buissons et se rendit maître de la forteresse. C'est avec une ruse semblable qu'il se rendit maître de la fortification située sur la montagne appelée Utoberge.

Le seigneur de Regensperg avait 12 chevaux blancs et autant de chiens enragés de la même couleur. Rodolphe rassemblant autant de chevaux et de chiens de la même race et se cacha à proximité du château. Le seigneur de Regensperg était parti la veille avec ses chevaux et ses chiens.

En accord avec Rodolphe, les Zurichois s'approchèrent le matin du lieu avec leur drapeau. En poussant des cris, Rodolphe sortit de sa cachette avec les cavaliers et les chiens, suivi par les Zurichois et s'approcha du château. Trompés par la meute, les gardiens ouvrirent les portes du château croyant reconnaître leur seigneur. Les Zurichois pénétrèrent dans la forteresse et s'en rendirent maître.

 

Pour s'approprier la ville et le château de Glanzenberg situés au bord de la Limmat il utilisa le stratagème suivant. Avec ses cavaliers il se cacha dans un bois de chêne situé à proximité du château. Pour ne pas être découvert il fit prisonnier chaque passant. Au lever du jour il fit descendre, sur le fleuve en provenance de Zurich, deux gros bateaux. Ce qu'il pressentait allait arriver. Les gens de Glanzenberg pensaient que les bateaux étaient chargés de marchandises et les remorquèrent jusqu'à la rive. Pendant que les habitants accouraient pour s'emparer du butin, Rodolphe et ses cavaliers prirent d’assaut le château et le pillèrent. En guise de chargement, se sont des Zurichois en armes qui sortirent en rampant. Les gens de Glanzenberg se trouvèrent pris en tenaille entre les Zurichois et la troupe Rodolphe.

 

Rodolphe mis au point une nouvelle forme de bateaux, transportables et plus légers. Ils pouvaient être facilement et rapidement démontés, remontés et transportés à un autre endroit. Une sorte de pont flottant qui lui permettait de fuir et de se rapprocher rapidement de l'ennemi. Très longtemps il fit le siège du château d'Uznaberg, sans succès. Les occupants se moquèrent de lui et pour prouver qu'ils avaient des vivres en quantité ils jetèrent quelques poissons vivants par dessus les murailles. Rodolphe rassembla les bergers de la région et l'un d'entre eux lui montra un passage secret pour rejoindre le château. Il pénétra dans le château, accompagné de quelques Zurichois qui ouvrirent les portes pour laisser les autres entrer et décimer la garnison.

 

Le seigneur de Regensburg, qui se montrait autrefois si fier à l'encontre du protecteur des Zurichois fut maintenant heureux de pouvoir encore jouir de l'apanage des ses biens. Même ses alliés perdirent courage et aspirèrent à la paix, coûte que coûte.

 

A cette époque, de nombreux nobles participèrent aux festivités du carnaval de Bâle. Les belles de la ville étaient aussi de la fête. Au temps de la chevalerie et des ménestrels, être galant était un signe de raffinement. Mais certaines libertés que se permettaient les nobles envers les filles ou les fiancées des Bâlois mettaient ceux-ci en colère au point que par jalousie ils tuèrent, blessèrent et chassèrent de la ville certains de ces chevaliers ou nobles trop entreprenants.

 

Rodolphe était parti en voyage la veille. La noblesse outragée, et parmi eux certains parents et amis, réclamèrent vengeance. Il les comprenait Mais voulut il d'abord régler un différend qu'il avait avec l'abbé de Saint Gall. Ce dernier lui contestait certains fiefs aux alentour de Kybourg. Les troupes armées de chacun étaient sur le pied de guerre. Un soir, Rodolphe se rendit seul à Wyl où séjournait son ennemi. Malgré son inquiétude et sa suspicion, l'abbé lui autorisa d'entrer dans la ville. Le discours de Rodolphe réussit à convaincre l'abbé qui lui accorda une troupe composée de pages et de fantassins pour l'accompagner. Des Zurichois, des Suisses, des habitants d'Uri et d'Unterwald se joignirent à eux. Avec cette armée Rodolphe se rapprocha de Bâle et pilla les environs. L'évêque de Bâle qui soutenait les bourgeois de la ville dut payer un lourd tribut pendant des années. Rodolphe en voulait d'autant plus à Bâle que celle-ci avait banni la ligue dite « Sternengesellschaft » qui lui tenait particulièrement à cœur.

 

Pendant qu'il faisait le siège de la ville de Bâle, le 30 septembre 1273, la nouvelle de son élection comme roi des romains par les grands électeurs lui parvint. L'évêque de Bâle, en apprenant cette nouvell se serait exclamé : « Mon Dieu, accroche-toi à ton trône car sinon il va aussi le conquérir ».

 

Avant de poursuivre notre histoire nous devons jeter un regard sur l'état du Saint-Empire à cette époque. Depuis le décès de l'empereur souabe Frédéric II, en l'an 1250, s'est ouvert une période de troubles qui allait durer jusqu'en 1273. De temps à autres apparaissaient ça et là des rois et des anti-rois qui s’entre tuaient puis disparaissaient aussitôt. Durant cette période anarchique la loi cédait la place à la force. Le crime était érigé en vertu héroïque et le pillage était couronné de lauriers. La culture des champs et les arts disparaissaient, l'innocence était bafouée et l'insécurité régnait partout. Le peuple aspirait partout à un gouvernement sage et efficace. Le pape Grégoire X menaçait les électeurs de désigner lui-même le chef du Saint-Empire s'ils ne se décidaient pas à tenir l'élection.

 

Les électeurs étaient partagés en deux parties qui avaient des opinions différentes. Ils ne pouvaient s'entendre que sur un candidat qui était moins puissant qu'eux et qui allait se soumettre entièrement à eux. Ils se réunirent enfin à Francfort. Parmi les candidats on trouvait Alphonse d'Espagne, Mainard du Tyrol, Bernard de Carinthie, Henri de Misnie et Albert de Göritz. A l'étonnement général, Werner, l’archevêque de Mayence, proposa Rodolphe de Habsbourg.

 

Selon certains auteurs Rodolphe devait cette préférence au prêtre qu'il avait rencontré jadis et auquel il avait donné son cheval. Ce prêtre, qui serait devenu le prévôt du chapitre de l'archevêché de Mayence, a toujours loué la noblesse de caractère du comte de Habsbourg. D'autres pensent plutôt que le lien entre Rodolphe et Werner date du jour ou Werner voulant se rendre en pèlerinage à Rome, Rodolphe l'accompagna jusque dans les Alpes pour assurer sa sécurité. l'a hébergé et assuré son retour avec dévouement.

 

Une autre circonstance devait aussi faciliter son élection. Les électeurs qui n'étaient pas des ecclésiastiques étaient presque tous non mariés comme l'électeur palatin le duc Louis de Bavière, le duc Albert II de Saxe Wittemberg et le margrave Otto de Brandebourg, et Rodolphe avait six filles. Louis avait épousé Marie, la fille du duc Henri de Brabant. Un jour, lorsqu'il était pour affaires dans le Palatinat la malheureuse épouse écrivit deux lettres, l'une à son mari et l'autre au « Raugrafen » (comte de Kybourg). Par inadvertance, les messagers inversèrent ces deux lettres. Le lettre destinée au « Raugrafen » mis Louis en colère. Il retourna dare dare à Donauworth et fit décapiter son épouse. Comme on considérait que la princesse était innocente, il fut détesté par tout le monde. Lui-même craignait la défiance du futur empereur. Il se renseigna auprès du seigneur de Nuremberg, cousin de Rodolphe, pour savoir dans quel état d'esprit était ce dernier à son égard. Ayant eu l'assurance que Rodolphe le protégerait il se rangea à la proposition du prince électeur de Mayence. En réalité c'est lui qui emportera la décision. Après un silence pesant, l'assemblée délivra son verdict : le nom du prochain roi des romains est Rodolphe de Habsbourg.

 

 

Henri de Pappenheim se précipita au campement de Bâle pour être le premier à annoncer à Rodolphe son élection. Rodolphe, très touché, a du mal à croire cette nouvelle. Après réflexion il prit la décision d'accepter cette couronne et les dangers qui la menaçait de toute part. La nuit suivante, le seigneur de Nuremberg lui apporta le diplôme des princes électeurs. Quel triomphe ! Son élection suscita la liesse générale, même ses ennemis s'associèrent à la joie de sa femme, de ses filles et de ses amis. La miséricorde est la plus belle des vertus du gouvernant. Même s'il était animé par l'esprit de vengeance, en tant qu'empereur il se doit d' accorder le pardon ; il lève le siège de Bâle et accorde à la ville de nouvelles libéralités. Mais la faiblesse est une qualité si elle ne conduit pas, par l'impunité, à l'impudence. Alors que les Bâlois méritent la tolérance qu'ils implorent, l'évêque de Bâle attire son attention par ses discours déplacés. Rodolphe l'accable d'un tribut de 900 marks d'argent et lui en lève la ville de Neuenbourg située au bord du Rhin. Cette ville appartenait au comte Henri de Fribourg, mais comme il avait déshonoré publiquement une bourgeoise, la ville se plaça sous la protection de l'évêque de Bâle. Rodolphe déclara la ville comme bien impérial mais lui réclama un dédommagement pour indemniser le comte. Plus tard, Neuenbourg fera partie des biens de l'Autriche.

 

Sans attendre, Rodolphe va se rendre, accompagné des membres de sa maison et d'un importante escorte, à Francfort. De là il va être conduit en grande pompe par les princes électeurs et les officiels à Aix-la-Chapelle. Pendant la querelle des investitures le sceptre de Charlemagne avait disparu. Or l'usage voulait que le roi des romains prêtât serment sur lui. Certains princes prirent ce fait comme prétexte pour s'opposer à l'hommage. Sans plus attendre, Rodolphe s'empara d'un crucifix s'exclamant « regardez - voilà mon sceptre ! ». Toutes les réticences furent vaincues par tant d'à propos. Après la cérémonie les trois sœurs aînées furent mariées aux trois princes électeurs comme, plus tard, les trois plus jeunes le furent à trois rois. Rien ne pouvait faire vaciller l'âme robuste de Rodolphe, aucune détresse ne pouvait l'ébranler, jamais il ne se laissa aveugler les ors du pouvoir. Il ne trouvait son bonheur qu'auprès des hommes et Après avoir liquidé les affaires importantes il aimait mettre de côté son sceptre et sa couronne pour se retrouver librement en leur compagnie. Un jour il s'arrêta chez un tanneur de Bâle, sa femme prépara un repas avec des mets et des boissons raffinés servis dans de la vaisselle argentée ou dorée. La femme, arborant les plus beaux bijoux, se mit à table à la place d'honneur. En aparté il demanda au mari : « pourquoi vous encombrez-vous de tout ce superflus acquis par votre labeur ? ». Le tanneur répondit : « mais c'est elle qui le demande ».

 

Une autre fois, habillé en commerçant, il entra dans la maison d'un serrurier. Celui-ci resta affairé devant son enclume et lui demanda de rejoindre sa femme à l'étage. Le roi s'entretint galamment avec elle puis ils descendirent et elle révéla à son mari le nom du voyageur. Aussitôt le tanneur le rattrapa le roi pour lui demander pardon pour l'accueil et l'assurer que cela ne se reproduira plus. Le roi l'assura de sa bienveillance et il envoya plus tard à sa femme une robe précieuse en guise de cadeau.

 

Habillé en simple soldat il se rendit par une froide journée chez un boulanger pour se réchauffer près du four. La boulangère le poussa de côté en disant : «ce n'est pas correct de s'introduire dans une maison étrangère et de se rapprocher d'une femme ». Pour s'amuser il continua à jouer le rôle du mercenaire en guerre privé de nourriture. « C'est tant mieux », poursuivit la femme, « si seulement cela arrivait à tous ceux qui suivent le roi ? » . « Mais que vous fait-il donc de mal » rétorqua le roi. « Ne sais-tu pas » continua la commère « jadis les boulangers faisaient des affaires depuis qu'il est sur le trône le nouveau règlement nous a transformé en mendiants ». Là dessus elle prit un sceau d'eau, arrosa les braises et, dans la fumée, elle chassa l'intrus en criant. Au lieu d'être vexé, il s'éloigna en souriant. Lorsqu'on s'étonna de le voir plus doux après son accession au trône, il répliqua que souvent il regrettait ses colères mais jamais ses bontés.

 

 

Un jour il a été blessé par imprudence au cours d'un jeu de tir à l'arc et on voulu couper la main droite à l'auteur du forfait ; il fit remarquer que si on l'avait coupé avant cela aurait pu l'aider, mais maintenant, après le tir, cela n'avait plus aucun sens et il libéra l'archer.

 

Alors qu'il était assis sur son trône au milieu de ses généraux et conseillers, soudain il se leva et se dirigea en montrant beaucoup d'estime vers un bourgeois de Zurich. Devant l'étonnement de l'assemblée il précisa que cet homme s'appelait Jacques Muller, qu'il lui avait jadis sauvé la vie, et il l'éleva au grade de chevalier. De nombreux exemples montrent que le roi n'oubliait jamais les services rendus. Il a réconcilié la ville de Bâle avec la ligue dite « Sternengesellschaft », qui jadis a été chassée, et facilité au chevalier Matthias d'Eptingen l'accès à la fonction de bourgmestre.Il a fondé à Zurich le couvent des Augustins. Il plaça cette ville sous la protection de l'empire et lui accorda le droit de changer de bailli impérial tous les deux ans et celui-ci était inélégible pendant 5 ans. Il trouva un terrain d'entente entre les possessions impériales d'Uri, Schwyz et Unterwald et les nobles de la région.

 

Plus le roi gagna en expérience, plus il se rendit compte que les campagnes d'Italie de ses prédécesseurs avaient causé beaucoup de désordres et de dommages à l'empire au point qu'il se détourna de l'Italie. Heureusement, le pape Grégoire X était un homme honnête, indépendant et pieux et il l'a montré lors du concile de Lyon lorsque les émissaires envoyés par le roi demandèrent à l'assemblée la reconnaissance de son élection. Tous les évêques présents étaient tellement préoccupés par la question que le pape se sentit pour ainsi forcé d'accéder à la demande de Rodolphe. Grégoire qui était jadis en Palestine comme émissaire du pape profita de l'occasion pour remettre en ordre les affaires des chrétiens d'Orient. Lors du concile de Lyon il espérait favoriser la constitution d'une nouvelle croisade. Compte tenu des désordres qui régnaient dans les pays d'Europe, personne n'avait envie de participer à une telle aventure. Bien que les circonstances réclamaient la reconnaissance d'un chef fort et légitime, la cour de Rome avançait avec précaution.

On rappela d'abord aux émissaires du roi les textes des capitulations des empereurs Otton IV et Frédéric II et on leur demanda de les signer, notamment les articles concernant la succession des évêques décédés, la confirmation des élections, la liberté du chapitre, l'autorisation donnée à Rome du choix des appellations et surtout l'accord sur l'annexion par Rome de la Marge d'Ancône et du duché de Spolète. En plus, les émissaires du roi devaient jurer, en son nom, que lui ou un de ses représentants n'attaquera jamais en tout ou en partie le territoire pontifical ou ceux d'un vassal même si ces dernier faisait allégeance à l'empire et que toute fonction du Vatican restait soumise à l'autorité du pape. Si les territoires pontificaux étaient attaqués non seulement il ne devait pas prêter assistance à l'agresseur mais au contraire secourir la papauté. Le nouveau roi devait aussi reconnaître Charles comme roi de Sicile, fief obtenu du pape, et ne jamais se venger des ennemis de Frédéric II.

 

Déjà du temps de Frédéric II les papes prenaient la précaution de demander une preuve écrite des accords de soumission. De toute façon les émissaires du roi avaient tout pouvoir de signer ces conditions. Dans un entretien qu'il a eu avec le pape à Lausanne, le roi confirma les points que les émissaires avaient acceptés. Lors du couronnement, entouré de son épouse, des princes, des nobles et de leurs femmes, le roi fit allégeance à la croix.

 

Un chroniqueur fait remarquer que pour cette rencontre de Lausanne Rodolphe avait dépensé 900 marks pour ses vêtements, ceux de sa femme, de ses enfants et de sa suite. C'est peut-être la seule fois qu'il montra tant de magnificence lui qui gardait ses vêtements longtemps et n'avait pas honte de porter une vareuse rapiécée.

 

Grégoire retourna en Italie et mourut en cours de route à Arezzo. De ce fait, ni la croisade ni le couronnement du roi des romains comme empereur n'eurent lieus. Devant les péripéties rencontrées par ces prédécesseurs lors de leur pèlerinage à Rome, Rodolphe ne pensa plus entamer un tel lointain et périlleux voyage et resta dans son empire. Pour s'ancrer davantage en Germanie il confia exarchat au pape ce qui consolida leur amitié. Avec l'aide des papes il put contraindre Charles d'Anjou à abandonner le vicariat de Toscane et donna en échange à ce dernier, en guise de fief impérial, le comté de Provence et Forcalquier. Pour sceller davantage l'accord de paix il donna sa fille Clémence en mariage à Charles Martel, le petit-fils de Charles d'Anjou.

 

Mais retournons en Germanie qui était la principale préoccupation du roi et il parcourait personnellement la plupart des provinces.

 

L'élection de l'abbé de Saint-Gall a donné lieu à une discorde et Rodolphe en profita pour incorporer la ville et l'abbaye à l'empire et donné à celle-ci un avoué. Il attira Ulrich, le nouvel abbé, avec lui, à Cologne et pour le convaincre de vendre sa seigneurie de Grüningen pour faire aux créanciers.

 

En l'an 1274 fut réunie à Nuremberg la diète d'empire où l'on prit de nouvelles dispositions contre les pillages ainsi que des recommandations aux chancelleries pour l'utilisation de la langue allemande à la place du latin. Le roi de Bohême Ottocar et le duc Henri de Bavière ne participèrent pas à la réunion. Une nouvelle diète fut donc organisée à Wurzbourg. Non seulement Ottocar était encore absent mais il menaça Frédéric, archevêque de Salzbourg, de lui faire la guerre parce qu'il a prêté allégeance au roi. En plus Ottocar sema la discorde entre Henri de Bavière et l'électeur palatin Louis qui se nomma duc de Bavière. Ces discordes ont saboté la diète de Wurzbourg et les princes de souabe commencèrent à contester l'autorité de l'empereur.

 

L'année suivante se tenait la diète d'Augsbourg. Rodolphe envoya ses propres messagers pour pour inviter Henri et Ottocar. Dès l'ouverture des débats les plaintes contre Ottocar fusèrent : qu'il aurait profité de l'interrègne pour s'approprier des terres d'Autriche, de Styrie et de Carniole, qu'il se serait rendu coupable de tyrannie envers les nobles et ses sujets, qu'il aurait eu des enfants d'une concubine du vivant de son épouse et se serait débarrassé de cette dernière en l'empoisonnant. Pour sa défense, Ottocar envoya l'évêque Bernard de Seccaw et à sa suite parut aussi le défenseur de Henri duc de Bavière, le prieur Henri de Dettingen. L'émissaire d'Ottocar déclara, au nom du roi de Bohême, que l'élection du roi des romains était nulle car d'une part Rodolphe est d'une origine noble bien inférieure à celle de son roi et que d'autre part il a été jadis banni par la papauté. Son discours était surtout en latin et il utilisa souvent des mots savants pour épater l'assemblée. Le roi lui intima l'ordre soit de s'exprimer en allemand pour que tout le monde comprenne, soit de se taire. Lorsqu'il sentait une connivence entre certains princes et son roi il devint effronté plaçait des injures en allemand dans son discours ce qui fit plutôt mauvaise impression sur l'auditoire. Le rejet de l'élection de Rodolphe blessa les princes électeurs. La présence du roi était si triomphante que personne n'osa prendre le parti du roi de Bohême et on entendait plutôt un murmure de désapprobation. Même Rodolphe, qui pourtant avait été le plus offensé, usa de son prestige lui éviter d'être insulté. Il fit escorter l'orateur impudent par ses hommes avant que celui-ci ne disparaisse en secret. L'émissaire bavarois fit de même sans plus attendre.

 

Sur ces entrefaites, Rodolphe envoya au roi de Bohême l'évêque Henri de Bâle et le Burgrave Frédéric de Nurenberg. Ils avaient deux missions, demander à ce qu'il reconnaisse la souveraineté de Rodolphe et la restitution des duchés d'Autriche, de Carinthie, de Styrie, de la Carniole ainsi que d'autres seigneuries. « Que Dieu protège Rodolphe, qui était hier mon serviteur et aujourd'hui est le roi roi des romains » s'écria avec lassitude Ottocar « j'ai acquis mes possessions en Autriche et en Styrie par alliance et acheté la Carinthie. J'ai obtenu l'essentiel avec mon épée et c'est avec elle que je vais défendre ces territoires». Les émissaires lui firent remarquer qu'il ne devait pas avoir honte d'un souverain comme Rodolphe, que sans son accord la Carinthie ne pouvait pas être vendue et que ce n'est pas par une femme que des possessions autrichiennes pouvait être soustraites du royaume. Ottocar ordonna aux émissaires de partir et certains chroniqueurs ajoutent que contre tout respect du droit il a fait pendre deux de leurs serviteurs près des portes de la ville. La chancellerie désigna alors Ottocar et Henri de Bavière comme les ennemis du royaume.

 

Pour commencer, Rodolphe, avec l'aide de l'électeur palatin Louis entama une campagne contre les alliés d'Ottocar, en Souabe, en Alsace, en Brisgau et dans une partie de la Suisse. Il furent très vite humiliés et étaient contents de pouvoir acheter la paix en abandonnant de fortes sommes d'argent et quelques territoires. Rodolphe rejoignit en vainqueur son armée à Augsbourg et se dirigea vers Passau. Le du Henri, à la tête des troupes de Bohême, voulut empêcher son entrée en Autriche par la traversée de l'Inn. Sa résistance fut vaine et il dut se résoudre à demander la paix. Après s'être réconcilié avec son frère l'électeur palatin Louis et grâce à l'entremise de ce dernier et à l'imploration de Mathilde, il obtint le pardon.Il renonça à l'alliance avec le roi de Bohême et jura fidélité et obéissance au roi Rodolphe. Cette réconciliation fut scellée par le mariage de la princesse Catherine, fille de Rodolphe, avec le fils de Henri de Bavière, Othon qui deviendra plus tard roi de Hongrie.

 

Plus tard, Rodolphe se rendit avec une importante armée à Marchfeld. Grâce à l'intervention des évêques de Bâle et d'Olmuz un compromis entre les deux armées a pu être trouvé. Les points essentiels de cet accord étaient : Ottocar doit reconnaître Rodolphe comme roi des romains, il doit lui rendre les territoires d'Autriche, de Carinthie, de Carniole et d'autres seigneuries, accepter la Bohême et la Moravie en fief et rendre à Etienne V, roi de Hongrie et allié de Rodolphe, les terres enlevées. Ce contrat allait être scellé par le mariage de la princesse Judith, fille de Rodolphe, avec Wenceslas, le fils d'Ottocar.

 

Le contraste entre la simplicité de la mise de Rodolphe et le penchant pour la magnificence du roi Ottocar était frappant. Rodolphe préférait aux ornements les armes et et le courage. Ottocar apparut en grande pompe et s’agenouilla pour recevoir son fief. Comme à leur habitude, les princes s'en allèrent et Rodolphe resta avec les nobles qui, de Souabe, de Franconie et de la Rhénanie l'avaient suivi. Sa présence était indispensable pour pouvoir s'affirmer et ne pas perdre leur confiance. Ces nobles voulaient être payés et Rodolphe n'avait pas d'argent. Il s'adressa à l'archevêque de Salzbourg et aux autres évêques qui avaient des possessions dans les terres récupérées et leur demanda, ainsi qu'aux églises et aux couvents, une contribution. Il l'obtint mais comme celle-ci était insuffisante il se vit dans l'obligation de l'étendre à l'ensemble du pays.

 

En même temps ils fit tout son possible pour rétablir la tranquillité, l'ordre et la concorde de la noblesse du pays. Pour se rendre agréable aux nobles, il choisit dans leurs rangs la plupart des représentants administratifs et de justice surtout s'ils connaissaient les usages du pays et étaient aimés de la population. Il installa pendant cinq ans la paix et proclama une amnistie générale.Pour célébrer cette paix il fit reconstruire les endroits jadis détruits par Ottocar. C'est ainsi qu'il gagna la confiance des seigneurs du pays. Les anciens ducs bénéficiaient des fiefs considérables des évêques de Salzbourg, de Passau, de Freising et de Bamberg. Il laissa quelques fiefs aux évêques et les persuada de donner les reste en fief à ses trois fils : Albert, Hartmann et Rodolphe. Si avant la conclusion de ses affaires Rodolphe venait à disparaître, il prit la précaution de désigner le comte palatin Louis comme régent.

 

S'il était prudent dans la conduite de la guerre il savait aussi l'éviter. Si la proposition du vénitien Marino Sanuto d'entretenir une flotte le long des côtes égyptiennes semblait intéressante pour le développement du commerce il ne voulut cependant pas y adhérer et c'est sous son règne que Saint Jean d'Acre , seule ville possédée encore par les chrétiens en Palestine, capitula. Il ne voulut pas non plus risquer une guerre contre le roi de France à propos du royaume d'Arles et préféra opter pour la sécurité du royaume que pour l'accroissement territorial.

 

Entre temps, Ottocar rejoignit Prague. Sa femme, une princesse avide de pouvoir, qui avait l'habitude de commander et de prendre des libertés, se sentait profondément blessée dans son âme en apprenant l'humiliation de son époux. «Te voilà enfin » lui dit-elle en l'accueillant, « tu es partit en roi et tu reviens en esclave. Montres-moi, mon héros, le butin et la couronne de lauriers. Par ta lâcheté tu nous a réduit à l'état de serfs, nous ne sommes plus que des bêtes de somme. Dans quel but as-tu conduit une si grande armée contre Rodolphe ? Sans doute pour leur montrer ton triomphe sous sa tente. Honte à toi d'avoir été un poltron, toi un si grand roi, tu fais entrer dans ta belle famille, tu t'es jeté aux pieds de quelqu'un qui était ton valet. Tu es lâche comme une femmelette qui ne peux pas voir une épée, regarde, tu as devant toi une femme qui a un cœur d'homme. Une femme comme toi ne mérite pas de gouverner. A la place de l'épée prend la broche et l'aiguille et laisse-moi régner. »

 

Les reproches de sa femme et les commentaires de la cour alimentèrent sa rancœur envers Rodolphe. Il fit prendre le voile, au couvent Sainte Claire de Vienne, à celle de ses filles, encore très jeune, dont il avait promis la main à un fils de Rodolphe et il écrivit au roi des romains une lettre où il lui prodiguait les plus sanglants outrages. Il réussit enfin, en secret, à se rallier les princes du voisinage, en particulier le duc Henri de Bavière.

 

Entre-temps, Rodolphe visita ses possessions obtenues par héritage et racheta à son cousin Eberhard certaines terres. A son retour à Vienne, qui était devenue sa principale résidence,il reçut la lettre d'annulation du compromis d'Ottocar. Aussitôt il rassembla de toute part une imposante armée, traversa avec elle le Danube et fut rejoint par une troupe de 2000 hommes du roi de Hongrie Ladislas IV . Pour renforcer l'alliance avec ce prince il l'adopta.

 

Ottocar l'attendait à Marchfeld avec une armée tout aussi importante. Mais le mécontentement et le sentiment de participer à une opération injuste enlevait tout courage à ses hommes. A l'inverse, la conviction d'être dans le bon droit décuplait la fougue des guerriers de Rodolphe. Un déserteur de l'armée de Bohême proposa à Rodolphe de liquider Ottocar. « Même si c'est mon ennemi mortel  je rétablirai le droit à la régulière » lui rétorqua Rodolphe avant de le congédier honteusement.

 

Rodolphe fit alors la promesse solennelle d'élever un monastère en l'honneur de la Sainte Croix en cas de victoire. Louis, l'électeur palatin à la tête des bavarois, le comte Meinhard avec les tyroliens et les carinthiens, l'évêque de Salzbourg avec les autrichiens, le burgrave de Nürenberg avec les francs et les rhénans se tinrent prêts. Il savait qu'il pouvait compter entièrement sur les alsaciens, les souabes et les suisses, comptait parmi eux nombre d'amis et camarades de jeux de sa jeunesse, et il se mit à leur tête. Les hongrois s'était installés sur une hauteur pour dominer le champ de bataille. Rodolphe confia la bannière du royaume au margrave de Hochberg et c'est son propre fils, Albert de Habsbourg, qui lui présenta la bannière avec la croix.

 

Alors que tout ce monde était rassemblé, Rodolphe se mit sur une élévation au milieu de l'armée et, pour leur insuffler du courage, il prononça ces mots : «mes chers frères d'arme, c'est le jour où il nous faut venger le parjure des gens de Bohême et montrer notre bravoure et notre bon droit.  Nous sommes inférieurs en nombre mais nous sommes de loin les plus forts car Dieu est avec nous. Nos adversaires sont des femmes car c'est une femme qui les a envoyés ici. Vous, par contre vous êtes des hommes et vous menez des homme au combat. Défendez en héros la bannière de votre roi qui a été élu librement. Des héros que le roi de Bohême, à travers ma personne, a plongé dans le déshonneur. La victoire ou la mort ! La couronne de lauriers nous accompagnera pour l'éternité, même dans la mort. Nous mourront en défenseurs de la justice divine. Votre destin est aujourd'hui lié au mien. Moi, votre roi, je vaincrai ou succomberai avec vous ».

 

Son discours raviva l'ardeur combative de l'armée à tel point que la trompette eut du mal à ne pas sonner l'assaut.

De son côté Ottocar essaya aussi de donner du courage à ses troupes mais ses efforts semblaient vains. Certains évoquaient avec colère le caractère illégal de cette guerre pendant que d'autres ruminaient les injures qu'ils ont eu à subir de la part de leur roi. Le plus beau discours perdait tout effet à cause du caractère détestable de l'orateur. A celà il faut ajouter que beaucoup de sages se séparèrent de lui ces derniers jours. Comme il craignait une trahison, il rassembla les plus nobles sous sa tente :  « je me dresse devant vos yeux, sans armes. Je ne veux déshonorer personne par méfiance,si quelqu'un d'entre vous veut s'attaquer à ma personne et attenter à ma vie qu'il le fasse ici et non sur le champ de bataille, car ma mort entraînera celle de milliers de soldats ».

 

Les armées se dirigèrent l'une vers l'autre. Après un combat indécis la victoire semblait sourire à Ottocar. De Pfannenberg, un des chefs de l'armée de Rodolphe, fut blessé et évacué du champ de bataille. De loin, Rodolphe contemple le danger que court son avant-garde, il saute de son cheval, et implore à genoux l'aide du ciel. Puis, à la tête des suisses, surtout des zurichois, il se jette dans le cœur du combat contre Ottocar. Entre temps, Ladislas à la tête des hongrois parvint à briser les défenses de l'armée de Bohême. Ottocar avait donné à Herbot de Füllenstein, un chevalier polonais brave et doté d'une force surnaturelle, la mission de rechercher Rodolphe. Il parvint à se frayer un passage jusqu'à lui et à abattre son destrier. Rodolphe se défendit à terre avec acharnement jusqu'à ce que Berchtold Cappler l'aida à monter sur un autre cheval et désarçonna le casse-cou polonais et l'emmena prisonnier. Alors qu'un grand nombre de guerriers se précipitèrent au secours de Rodolphe, celui-ci s'écria qu'il n'était pas blessé et qu'il fallait poursuivre le combat jusqu'à la victoire. Comme un lion en colère, il se mêla à la bataille avec son escadron.

 

Soudain, le margrave Henri de Hochberg se mit à crier : l'ennemi est en fuite – l'ennemi est en fuite ; ce cri qui se répandit poussa l'armée de Bohême à la retraite. Ottocar s'efforça encore de rassembler ses troupes. Entre temps, son arrière garde, sur injonction du général Milota et de quelques seigneurs de Bohême et de Moravie mécontents, se retira du champ de bataille. Lorsqu'il apprit la nouvelle de la trahison il s'exclama : « Si les destin veut ma mort, je préfère mourir par trahison que par lâcheté. C'est un honneur pour un roi de mourir à la tête de son armée. Je tiendrai ma place tant que je peux remuer un bras ».

 

Dans l'armée de Rodolphe se trouvaient deux frères appelés Merrenberger dont la sœur avait été déshonorée par Ottocar. Ils le recherchèrent et malgré sa résistance courageuse ils le tirèrent de cheval et le tuèrent de 18 coups d'épée. L'armée de Bohême était en fuite après avoir perdu 14 000 hommes. Seuls les Huns se lancèrent encore à leur trousse. Rodolphe, pour éviter toute effusion de sang, resta sur le champ de bataille avec son armée.

 

Lorsque le chevalier polonais, qui avait tué son cheval et a voulu attenter à sa vie a té amené devant Rodolphe pour que celui-ci se prononce sur son sort, il dit qu'il ne pouvait pas enlever la vie à un guerrier si valeureux. Il fit soigner ses blessures par ses médecins et le laissa partir librement.

Grâce à la médiation du margrave Othon de Brandebourg et à l'intervention d'autres seigneurs, on assura à Wenceslas, le fils encore mineur d'Ottocar, le trône de Bohême et pour future épouse, Judith, la fille de Rodolphe. Pour sceller l'accord, le jeune fils Rodolphe, épousa Agnès la fille d'Ottocar et Othon de Brandebourg épousa Hedwige, la fille de Rodolphe.

 

Après avoir donné congé à son armée, il parcourut triomphalement le territoire autrichien accompagné de son peuple. Il fonda un monastère pour dames nobles à Tule et y plaça sa fille

Euphémise.

 

En 1279 il se prépara à la guerre contre Henri de Bavière qui apporta son soutien au roi Ottocar. Sur intervention de la femme de son frère et de son fils, Henri obtint le pardon. Mais il a dû abandonner les villes de Wels, Linz et Steyr et lever le gage des territoires situés le long de l'Enns sans avoir à payer de dédit. En contrepartie, Rodolphe donna à son gendre Otto les villes et la région de Schärding, Neubourg, Riedt et Freystadt en cadeau de mariage.

 

Rodolphe put enfin laisser ses hommes d'armes rentrer chez eux avec leur butin. Parmi eux il y avait des zurichois qu'il éleva au rang de chevalier avant la bataille contre Ottocar. Lorsqu'ils arrivèrent chez eux ils accrochèrent dans l'église des franciscains leurs boucliers.

 

En temps de paix comme en temps de guerre Rodolphe encouragea les œuvres de bienfaisance. Les denrées alimentaires qui furent jadis si chères devinrent abordables...

 

Rodolphe porta son attention particulièrement à l'Autriche et passa beaucoup de temps à Vienne. C'est qu'il réunissait la noblesse du royaume et avec leur assentiment il désigna son fils Albert comme gouverneur. Il attribua au comte Meinhard de Göritz l'administration de la Carinthie. Sa désignation était d'autant plus justifiée qu'il avait épousé la veuve du dernier duc de Carinthie (d'autres disent sa fille). Le fils de Rodolphe, Albert, épousa sa fille.

 

A la diète de 1280 fut créée une ligue contre tous les chevaliers brigands qui infestaient les châteaux en Germanie. Comme dit Sigismond de Birken les barons bandits, a la vue du glaive étincelant de Rodolphe, se mirent à ramper comme les oiseaux de proie au lever du soleil. Par la sécurisation des voies de communication, le commerce put se développer.

 

L'année suivante fut particulièrement triste pour le roi car il allait perdre sa femme et son plus jeune fils Hartmann. Ce dernier trouva la mort dans un naufrage près de Rheinau à l'âge de 18 ans alors qu'il venait de se fiancer à une princesse, fille du roi d'Angleterre Édouard I. Le chagrin de la disparition de Hartmann et le vague à l'âme laissé par le départ de la jeune Clémence, qui épousa en 1281 Charles Martel le dauphin du royaume de Sicile et plus tard roi de Hongrie, causèrent sa mort.

 

Au lieu de se laisser abattre par la douleur, il porta toute son attention aux affaires du royaume. Adulé par tous pour avoir rétabli l'ordre, il profita de la situation pour tirer des avantages pour le pays mais aussi pour sa famille. Il envisageait depuis longtemps le partage des duchés d'Autriche et de Souabe entre ses deux fils Albert et Rodolphe.

 

Avant d'aborder cette question, jetons un regard sur la situation de ces deux duchés. Frédéric, le duc d'Autriche avait contracté deux mariages. N'ayant pas obtenu d'enfants, il répudia les deux épouses. Il mena une vie de débauche avec les femmes et les filles de ses sujets. La belle Brunehaut, une bourgeoise de Vienne, comme en son temps Lucrèce, lui opposa une résistance victorieuse. Pour l'attirer par ruse dans ses filets, il lui vint l'idée de convoquer les bourgeois les plus en vue, avec femmes et filles, à une fête en son château. Pendant que les convives s'affairaient à table, il attira, sous divers prétextes, Brunehaut dans une chambre voisine pour abuser d'elle. Ce forfait, dès qu'il fut ébruité, suscita l'émeute parmi les convives. Le duc prit la fuite et sautant par dessus les remparts de la ville, il alla se réfugier dans son château de Starenberg. Après diverses plaintes, l'empereur Frédéric le rappela à l'ordre et fit appel au roi de Bohême et au du duc de Bavière. Suite à l'intersession de Marguerite, la sœur du duc, l'empereur lui accorda le pardon. Néanmoins, la Hongrie, la Bohême et la Bavière continuèrent la lutte et il fut abattu lors d'une rencontre le 25 juin 1246. Avec sa mort, la branche masculine de la lignée s'éteignit.

 

De la parentée féminine , il resta sa sœur Marguerite et sa nièce Gertrude. La première, veuve, n'eut pas d'enfants et Gertrude s'est mariée avec le margrave Hermann de Bade. Celui-ci, avec l'aide du duc de Bavière, parvint à s'emparer de l'Autriche. Hermann et Gertrude eurent deux enfants, Frédéric et Agnès. Agnès avait épousé le comte Meinhard de Göritz. De cette union naquit Elisabeth, l'épouse du futur empereur Albert 1er.

 

Après la mort de Hermann, en l'an 1250, Margerite se vit contrainte d'épouser le dauphin de la couronne de Bohême, Ottocar.

 

Entre temps, Gertrude, devenue veuve, se réfugia avec ses enfants Frédéric et Agnès chez sa sœur Constance à Meisen. Ottocar chercha à éloigner Frédéric, le seul héritier mâle du duché d'Autriche. Frédéric était un ami intime de Conrandin, le dernier duc de Souabe. Conrandin était le fils du roi Conrad et le petit-fils de l'empereur Frédéric II. Après la mort de ce dernier, Charles d'Anjou s'empara du royaume de Sicile et de Naples. Pour reconquérir son héritage, Conrandin se dirigea vers l'Italie avec une imposante armée. Son ami Frédéric l'accompagna. Après une résistance farouche, l'armée de Conrandin fut battue par Charles d'Anjou. Déguisés en bergers et sans aucune connaissance du terrain, Frédéric et Conrandin erraient ça et là à travers les buissons. Non loin d'Astura, en passant à travers un bois, ils parvinrent à la côte où un pêcheur les emmena à Pise. Comme ils n'avaient pas d'argent, Conrandin retira sa précieuse bague pour la donner au pêcheur pour qu'il la vende ensuite en ville et se procure des vivres. C'est cette bague qui va les trahir, ils furent rattrapés et livrés à Charles qui les promena à travers le territoire pendant presqu'un an sans savoir ce qu'il allait en faire. Le retour de Frédéric n'arrangeait pas les affaires d'Ottocar aussi envoya-t-il lettres sur lettres à Charles pour qu'il fasse exécuter les deux prisonniers. En l'an 1269 les deux descendants de leur aïeule Agnès, fille de Henri IV, furent décapités à Naples ce qui mit fin à la descendance du duché de Souabe et d'Autriche.

 

Comme les deux duchés connurent beaucoup de troubles, Rodolphe réunit en 1282 la diète d'Augsbourg. Devant une assistance nombreuse de princes et de princes-électeurs il fit la proposition suivante que son fils aîné Albert se voit attribué l'archiduché d'Autriche et son fils cadet Rodolphe le duché de Souabe. Après une résistance du côté des bavarois, la proposition fut acceptée. C'est dans un faste sans précédent que ces deux événements furent fêtés.

 

Les comtes et les seigneurs de Souabe s'opposèrent à Rodolphe mais quand son père s'avança vers eux avec une armée, quinze d'entre eux se rassemblèrent, chevauchèrent pour rencontrer Rodolphe et se mirent à genoux pour lui demander pardon. La grâce leur fut accordée après qu'il aient juré fidélité.

 

Lorsque la nouvelle de l'exécution de Conrandin et de Frédéric en 1282 arriva, plus de 8000 français furent exécutés en l'espace de 2 heures (vêpres siciliennes).

 

Pendant que Rodolphe 1er était occupé par la destruction des châteaux occupés par les chevaliers brigands, l'évêque Henri se trouva mêlé à une guerre contre le .comte de Montbéliard Rodolphe apporta son aide à l'évêque, son ancien confesseur et secrétaire et il s'empara de Porrentruy. Puis il attaqua le comte de Savoie, jadis membre secret de l'ancienne la ligue Souabe, et lui enleva Morat et Payerne qu'il plaça, comme Porrentruy, sous la protection impériale. A la bataille de Murten il fut désarçonné, se fraya un chemin à travers les lignes ennemies puis , se jeta à l'eau et s'agrippa à un poteau jusqu'à ce que le comte de Waldegg vint à son secours et l'emmena à Fribourg.

 

Le roi Rodolphe confia jadis à l'évêque Henri de Bâle les affaires les plus importantes. En particulier, c'est grâce à lui que les villes italiennes payèrent de lourdes contributions sans pour autant se séparer de l'empire. Pour le remercier de ces éminents services il demanda au pape qu'il soit nommé à l'archevêché de Mayence. Les chanoines et les concurrents ne pouvaient pas supporter qu'un fils de boulanger puisse accéder la fonction d'archevêque et de prince électeur.

 

En 1284, Rodolphe se remaria avec une fille de Bourgogne qui n'avait que 14 ans. Lorsque l'évêque Frédéric de Spire la raccompagna à la voiture il fut si étonné par sa beauté qu'il lui donna un baiser par inadvertance. Lorsqu'elle se plaignit auprès du roi de l'outrage, il fit dire à l'évêque d'embrasser l'agneau de Dieu et de laisser sa femme en paix. Là-dessus il donna l'ordre d'interdire son accès à la cour.

 

 

En 1285 un prétendu empereur Frédéric II se montra au peuple. Il avait le même visage, la même voix et les mêmes manières. Il dit que jusqu'à maintenant il était caché dans le Palatinat et que c'est la dépouille de quelqu'un d'autre qui a été placé dans le tombeau. Au début ce fantôme fit sourire Rodolphe mais comme la rumeur s'étendit il fut contraint de le démasquer. Sous la torture, Frédéric Holzschuh (d'autres l'appellent Tile Kolup) avoua qu'il était dans sa jeunesse à sa cour et qu'il lui était donc facile de l'incarner. Il fut brûlé par le bourreau.

 

La même année mourut Catherine, la fille de Rodolphe et la femme du duc Othon de Bavière, sans laisser de descendance. Rodolphe lui avait donné en dot les villes de Schäring, Riedt et Neuenbourg.

Albert, le fils de Rodolphe réclama ces biens en retour ce que le duc de Bavière refusa. S'en suivit une guerre avec le duché de Bavière qui fut remportée par comte Louis du Palatinat.

 

La veuve du roi de Bohême était si proche d'un seigneur du nom de Zawisch de Mitkowiss qu'elle devint enceinte. Par peur, les seigneurs de Bohême firent pression sur Rodolphe pour introniser le jeune roi Wenzel. Bien que Wenceslas n'avait que 15 ans, il fut envoyé à Prague où il fut accueilli par une foule en liesse. Wenzel, magnanime, pardonna à sa mère le Zawisch mais lui interdit tout accès à la cour. Petit à petit, Zawisch, lui aussi obtint la grâce mais sous la condition qu'il épouse la reine.

 

En 1286, Judith, la fille de Rodolphe, fut conduite à Prague pour épouser le jeune roi dans le plus grand faste. Rodolphe confirma à son gendre le titre d’électeur et lui donna en cadeau de mariage la ville d'Eger et des châteaux à Meisen et à Lausniz. Au début de l'année 1287, le pape envoya son légat, le cardinal Jean de Tusschlo, en Germanie. Sa mission était de demander de l'aide contre les usurpations commises par les espagnols et les français en Italie. Rodolphe, de plus en plus préoccupé par son pays, était réticent. Il demanda une réunion des princes de l'église et des prélats à Wurzbourg. C'est là, dans la cathédrale, que l'émissaire du pape fit la proposition à l'assistance qu'en raison de la guerre contre les turcs et pour les besoins de l'église, que tous les membres abandonnent au profit de l'église un quart (certains disent un dixième) de leur revenu au profit du siège pontifical. Un murmure se répandit dans la salle. Alors l'évêque Probus de Tull, un docteur en théologie de Tubingen, se leva et réclama la réunion d'un synode. Très vexé, le légat voulut lui le bannir de l'église. De tout côté on s'élevait contre l'italien qui appela au secours. Ces compagnons de voyage se précipitèrent hors de l'église et firent courir le bruit que les germains l'aurait tué. Le roi, averti de la situation, envoya sur les lieux un maréchal à la tête d'une troupe de soldats armés de sa garde personnelle. Ils extrairent le légat apeuré de la foule en colère pour le mettre à l'abri. Puis, l'assemblée se dispersa. L'évêque Probus allait payer pour tous, le pape le démit de ses fonctions et l'envoya dans un monastère.

 

La même année, dans la ville de Berne, sous différents prétextes, on assista à un chasse aux juifs. Ils prirent la fuite pour rencontrer le roi qui était en voyage de Wurtzbourg vers Ulm. Ils se plaignirent des agissements et réclamèrent la sécurité à laquelle ils avaient droit en tant que sujets du royaume. Aussitôt, il fit le siège de la ville de Berne. Mais comme des événements plus importants l'attendaient ailleurs, il leva le siège et poursuivit sa route.

 

Depuis longtemps, Rodolphe avait du ressentiment envers Guillaume de Montfort, abbé de Saint Gall. Il l'avait élevé dignité de prince à Augsbourg. Il était agacé par le fait qu'il ait quitté les festivités du mariage de son fils avant la fin pour rentrer chez lui. L'abbé réduisit le revenu des prébendes des conventuels pour faire des économies et alla en France où lui aussi vivait chichement. Les moines se plaignirent au roi. Le légat du pape, déjà évoqué ci-dessus, lui retira sa fonction car le roi lui refusa toute escorte pour le retour s'il n'accédait pas à sa demande. Ces circonstances débouchèrent sur un véritable conflit. L'évêque Frédéric de Chur prit parti pour son frère, l'abbé de Saint Gall. Il fit fait prisonnier et en voulant fuir d'une tour du château de Werdenberg à l'aide d'une corde, il s'écrasa sur le sol et perdit la vie. En compagnie de ses hommes, l'abbé se rendit chez l'empereur à Albegg. Rodolphe était en train de jouer aux échecs quand le burgrave Frédéric de Nürnberg lui annonça la venue de l'abbé. Le roi lui souhaita la bienvenue mais lui reprocha aussitôt sa désobéissance. L'abbé se jeta à genoux pour demander sa grâce. Le roi s'était déjà emparé du château de Herboltstein, il réclama aussi l'abandon du château de Aberg. L'abbé ne voulut pas accepter et après le repas s'en retourna et se prépara à un nouveau conflit. Après de nouvelles plaintes des moines de Saint Gall, l'empereur le destitua et le remplaça par Conrad de Gundelfingen.

 

En l'an 1288, le conflit entre le comte de Montbéliard et l'évêque de Bâle s’envenima. Rodolphe prenait de plus en plus le parti de l'évêque car le comte et son frère Othon de Bourgogne s'étaient tournés vers le roi de France Philippe. En 1289 Rodolphe s'empara de Montbéliard et de la région environnante. Il pénétra en Haute-Bourgogne et détruisit les villes, les villages et les vignes. Lorsqu'il voulut poursuivre sa conquête, ses conseillers le lui déconseillèrent en raison du manque d'approvisionnement de son armée. « Soyez sans crainte » dit-il « si nous gagnons les vivres de nos ennemis sont à notre disposition et si nous perdons nous aurons toujours de quoi nous nourrir en tant que prisonniers ». Après cela, il arracha une betterave d'un champ et l'engloutit devant ses troupes...

 

Lorsque, après avoir gravit une colline, il aperçut l'ennemi dans la vallée voisine, il renonça à l'attaquer compte tenu de l'état de fatigue des troupes. Il décréta une journée de repos ; mais les 500 suisses de son armée ne voulurent pas attendre, la nuit tombée, ils se précipitèrent sur le campement des bourguignons et s'en retournèrent avec un butin considérable. L'armée bourguignonne fut prise de panique d'autant plus que l'aide promise par le roi Philippe se faisait attendre. Les comtes implorèrent la paix, ils remirent leurs terres et après avoir fait allégeance au roi ils purent les reprendre en fief. Le comte de Montbéliard dut contribuer à l'effort de guerre à hauteur de 800 marks d'argent.

 

La rancœur de Rodolphe à l'égard de Berne ne s'étant pas éteinte, son fils Rodolphe assiégea la ville en 1289. Après une résistance héroïque, Berne obtint un accord satisfaisant pour les deux parties. Après cela le duc Rodolphe se rendit de Souabe à Prague auprès de sa sœur et de son beau-frère. Il y mourut à l'âge de trente et un ans. Sa veuve retourna au couvent où elle a vécu avant son mariage. Elle laissa un seul fils, le duc Jean, que son oncle Albert pris à sa cour. Plus tard, Albert fut assassiné par son neveu, mécontent de ne pas obtenir l'héritage de son père.

 

A la diète d'Erfurt de 1290 une alliance fut créée pour s'opposer aux repaires des chevaliers brigands. Rien qu'en Thuringe, 66 de ces châteaux furent détruits en un mois et les nobles qui les occupaient furent décapités.Cette sévérité était nécessaire pour assurer la sécurité du pays.Les participants de cette alliance se jurèrent assistance en cas d'agression. Les baillis, burgraves et prévôt étaient chargés de veiller au respect de la paix. Là où le roi séjournait, il rendait lui-même les sentences avec sagesse.

 

Un commerçant itinérant avait confié à un aubergiste d'Erfurt une bourse pleine d'argent. Lorsque le commerçant retourna pour prendre son bien, le commerçant nia toute remise d'argent. Malheureusement, le commerçant n'avait ni reçu ni témoins. Lors de leur audition, le roi ne se contenta pas d'écouter les discours mai observa, comme à son habitude, le comportement des deux plaignants. Accroché à sa ceinture, l'aubergiste porta une bourse en soie de valeur. Interrogé, il finit par admettre que c'était un cadeau. Le roi prit la bourse, se rendit sous un prétexte dans une pièce voisine, et demanda à un de ses valets de se rendre chez la femme de l'aubergiste avec la bourse et de lui demander l'argent du commerçant. Sans se soucier, la femme remit l'argent au messager. A son retour, le roi donna l'argent au commerçant et jeta la bourse au pied de l'aubergiste qu'il confia au tribunal de la ville pour qu’il prononce une sentence sévère.

 

Une nouvelle diète se tenait en 1291 à Francfort dans le but de se prononcer, pendant que le roi est encore en vie, sur la candidature d'Albert à l'élection comme roi des romains. Bien que les électeurs ne rejetèrent pas la proposition, il demandèrent du temps pour se concerter. Une des principales raisons de leur attente était que l'électeur de Mayence, Gérard de Eppenstein, était réticent. Non seulement le roi était ingrat à son égard mais il lui avait aussi retiré le Bachgau pour le placer sous territoire impérial. D'autres princes, qui craignaient la trop grande puissance de la maison des Habsbourg, s'en référèrent aux décrets du pape, en particulier celui d'Innocent III qui précise : « Quand un frère succède à son frère ou un fils à son père, alors le prince électeur perd son pouvoir et le royaume sera transmis par héritage et non par une élection libre ». Rodolphe quitta Francfort par dépit voyant que ses efforts seraient vains. Il traversa le Palatinat pour se rendre ne Souabe et dans ses territoires héréditaires. A Baden il accorda la liberté aux territoires d'Uri, Schwyz et Unterwald et leur donna un bailli. Puis, il se rendit à Bâle et à Strasbourg et voyant que sa fin de vie était proche, il prit congé de ses compagnon d'armes. Il voulait encore se rendre en Autriche avec son épouse d'autant plus que face aux émeutes qui agitaient le pays, Albert avait besoin de son aide et de son soutien. Devenant de plus en plus faible il modifia son plan et se rendit à Spire. « Laissez-moi aller à Spire pour rejoindre mes prédécesseurs » disait-il. On voulait lui administrer toutes sortes de médicaments mais terrassé par la douleur il dit : « rien ne me soulage plus que le baiser d'une jeune fille ». Il rassemblait d'habitude à sa table les plus belles femmes et les plus gracieuses jeunes filles. Il se permettait parfois quelques libertés mais toujours avec respect et selon les règles de la bienséance. Les chevaliers lui amenèrent même leurs belles pour qu’il puise à leurs lèvres un nouveau souffle de vie. Selon la volonté de Dieu, Rodolphe abandonna ce monde le 15 juillet 1291 et sa dépouille fut déposée dans le chœur de la cathédrale de Spire, lieu de sépulture des empereurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la une

Une demeure de maître dans une propriété qui appartenait jadis à un ancien couvent !

Reichsfelden au pied de l'Ungersberg
Reichsfelden au pied de l'Ungersberg

Du Schnepfenried à Oberlauchen !

Le Val de Lièpvre : une enclave lorraine en Alsace.