Le Mont Sainte-Odile et ses environs

 

 

L'Alsace, enserrée d'Ouest en Est par les Vosges et le Rhin, est une terre bénie des Dieux. Elle est couverte de forêts, de riches terres cultivables, de prés et irriguée par une multitude de ruisseaux. Les nombreuses marcairies de montagne tirent du bétail qui paît dans les prairies en été , les produits laitiers nécessaires à la subsistance de la population. Au pied des plus hauts sommets se dévoilent quatre lacs pittoresques : le lac du Ballon, le lac Vert, le lac Blanc et le lac Noir. Quatorze rivières prennent source dans ces montagnes et irriguent une plaine fertile.

 

Depuis les temps les plus reculés, cette plaine a été envahie et pillée par diverses peuplades d'où la construction de nombreux châteaux-forts destinés à protéger la population. Daniel Specklin1, l'architecte strasbourgeois qui, en 1576, sur ordre de l'archiduc Ferdinand2, acheva la carte de l'Alsace, pensait que parmi les deux cent châteaux de la région certains étaient déjà d'origine romaine. Il a aussi repéré, sur les plus hautes montagnes, des murailles destinées à la protection contre les agressions. Il fait notamment allusion au Hohnack et à la région de Guirbaden. S'il n'y a plus de vestiges aujourd'hui au Hohnack où les pierres ont sans doute été réutilisées, j'ai encore vu sur les hauteurs de Mollkirch à un quart d'heure du château, d'importants restes recouverts de mousses. A mi hauteur, sur la montagne couronnée par le Frankenbourg, à l'entrée du val de Lièpvre et du val de Villé, j'ai encore longé un de ces murs de cinq pieds de large et de trois pieds de haut, composé de gros blocs rocheux. Sur la montagne qui se trouve derrière Boersch il y a encore des traces d'un très vieux château que l'on appelait jadis, du fait de son ancienneté, « Heidenschloss »3 (château païen).

 

Le professeur Schoepflin4, découvreur infatigable du patrimoine alsacien, a aussi repéré d'importants restes de murs sur le Taennchel qui surplombe Ribeauvillé. Plus au nord, près du Mont Sainte-Odile, il relève un mur identique, long de 5 milles5 qu'il pense être d'origine romaine et destiné à relier les différentes fortifications. Ces nombreuses découvertes s'étalent du château du Hohnack6 dans la Haute Alsace à celui de Wasenbourg7 dans la Basse Alsace. Les murs rencontrés sur le Mont Sainte-Odile ne sont pas droits mais forment des circonvolutions destinées à encercler et protéger le sommet de la montagne.

 

On appelait cette montagne jadis Altitona d'après la chronique d'Ebersmunster8. Sur son sommet se dressait le château que Atticus (appelé aussi Etichon ou Adalric) a fait reconstruire vers 662. Il est devenu duc d'Alsace et avait sa résidence à Obernai. Comme il y créa un monastère et plaça sa fille Odile, obtenue de son mariage avec Bereswinde9, en tant que première abbesse, la montagne prit le nom de Mont Sainte-Odile. Cette Odile qui naquit à Obernai était aveugle à sa naissance, mais d'après la légende, le baptême allait lui faire recouvrir la vue. C'est en partie à cause de cette infirmité de naissance mais aussi parce qu'il espérait avoir un fils que l'enfant fut rejeté par son père.

Sa mère, une femme sage, confia Odile dans un premier temps à une nourrice à Scherwiller ; puis craignant qu'elle allait être découverte par son père, la confia finalement pour son éducation à la mère abbesse du monastère de Palma10 (Beaume-les-Dames) en Bourgogne.

 

En l'an 678, sur les conseils de son frère Hughes11, elle rendit visite à ses parents, resta quelque temps à la cour et aurait dû, d'après une chronique, épouser un duc en Germanie. Mais comme elle s'était destinée à la vie monacale et qu'elle avait l'intention de retourner à Palma, contre l'avis de son père, elle prit la fuite, traversa le Rhin jusque dans une région située derrière Fribourg. Comme le duc prit conscience qu'il n'arriverait pas à la détourner de sa vocation, il la rappela et lui légua le château de Hohenbourg avec les revenus afférents pour permettre la fondation d'un monastère destiné à cent trente chanoinesses, issues de familles nobles. Il nomma Odile première abbesse et mis aussi à sa disposition12 quatorze prêtres.

 

Un vitrail de l'Hôtel de Ville d'Obernai représente Sainte Odile, vêtue d'un manteau noir sur une robe blanche, recevant la clé de la propriété des mains de son père. Nous trouvons des représentations identiques de cette transmission, sur une ancienne peinture murale, dans le chœur de l'église Saint-Etienne de Strasbourg : transmission du duc Etichon à Odile ainsi que de celle de son fils, le duc Adalbert, à Attala sa fille.

 

 

La présence sur ce vitrail des armoiries des Habsbourg, un lion bleu se dressant sur ses pattes arrières sur un fond jaune, est assez singulière.

 

Odile présida à la destinée du monastère pendant de nombreuses années et mourut vers l'an 720 dans un âge avancé.

 

La rumeur sur sa vie, sainte et exemplaire, se répandit partout et déjà de son vivant. Après sa mort la montagne devint un lieu de pèlerinage qui perdure jusqu'à aujourd'hui13 La ferveur des pèlerins s'explique aussi par la beauté du lieu, qui est accessible par différents sentiers, et celle des ruines alentours.

 

L'accès peut se faire à partir de Barr, possession de la ville de Strasbourg, en passant par les vignes du Kirchberg, en tournant à gauche au Kahlenhübel, en passant devant le Mönkalb, en visitant à droite le Landsberg, en poursuivant jusqu'au Männelstein et au Mur Païen pour rejoindre enfin la Bloss et le monastère. On peut aussi, en passant visiter le Maennelstein, le Schaft et le Kastelstein et longer le Mur Païen.

 

On peut aussi y monter à partir de Heiligenstein qui fait partie de la seigneurie de Barr. Deux itinéraires permettent de rejoindre le Mont Sainte-Odile. Le premier itinéraire passe par le Mönkalb, traverse le Landsbergerwald et permet de rejoindre l'itinéraire ci-dessus, en provenance de Barr. Le deuxième traverse d'abord la plaine pour atteindre le monastère de Truttenhausen dont l'église est aujoud'hui en ruine. Ce chemin qui traverse la forêt jusqu'à la fontaine Sainte-Odile est très agréable. On passe à proximité de l'ermitage Saint-Jacques et quand on sort de la forêt on aperçoit le Mont sur son rocher. Par contre, à partir de la fontaine Sainte-Odile, le sentier peut être dangereux, il est raide et sinueux et longe souvent des pentes abruptes.

 

L'itinéraire le plus facile est celui qui part d'Ottrott ; il permet d'atteindre le Mont en deux heures et demi. Trois quart d'heures après Ottrot, on atteint le chapelle dédiée à Saint Gorgon et qui a été édifiée en 1746. Dans cette chapelle se trouve un tableau qui porte l'inscription suivante : « Saint Gorgon a été torturé à Nicomédie du temps de l'empereur Dioclétien. On lui a arraché les chairs, on l'a enduit de sel et de vinaigre et brûlé sur un grill. Par ses souffrances il a pu porter la couronne de martyr ». Derrière cette chapelle se dressait jadis une vieille petite église qui a fait l'objet d'une donation en 1178 par l'abbesse de Hohenbourg, Herrade de Landsberg14, à Werner abbé d'Etival de l'ordre des Prémontrés, pour fonder un prieuré. Cette donation a été confirmée par Frédéric Barberousse le 12 octobre 1179, par le Pape Lucius III le 22 janvier 1182 et par l'évêque Henri de Strasbourg le 20 janvier 1183. Ce prieuré a été détruit en 1632, pendant la guerre de Trente Ans et les prémontrés sont retournés à Etival. De nos jours il reste à cet endroit une métairie.

 

 

La route romaine

 

Cet itinéraire, en provenance d'Ottrott, est certainement la première voie qui conduisait au mur païen. A l'époque romaine il était pavé de grosses pierres qui subsistent encore par endroits, notamment à proximité de la chapelle Saint-Gorgon. La plupart des pierres ont été retirées pour d'autres usages ou descellées par les orages.

 

  

 

 

Le Mur Païen

 

Après avoir parcouru les restes de la route romaine, on aperçoit sur la gauche, dans un chemin creux, un grand rocher qui se dresse verticalement et qui devait protéger la porte d'entrée de la fortification. L'entrée est entourée de part et d'autre par deux falaises rocheuses. Puis, on atteint un grand pré situé en contrebas du couvent. C'est dans une bulle du Pape Léon IX15 du 17 décembre 1051, qui confirme les possessions de l'abbaye, que l'on rencontre pour la première fois le terme de mur païen : « Septa Gentilis Muri ». Ce mur qui entoure la montagne a dû exister bien avant la construction du château. Les pierres ont été empilées sans chaux ni mortier, celles qui étaient un peu plus petites étaient maintenues par une assemblage en queue-d'aronde à l'aide pièces en chêne.

  

 

Cette fortification pourrait être une œuvre du premier siècle après JC, peut-être sous l'empereur Auguste, pour protéger l'armée romaine et les habitants de l'invasion des alamans et des autres tribus germaniques qui traversèrent fréquemment le Rhin. Près de ces murs, on a trouvé des pièces en cuivre, en argent et en or datant des empereurs Auguste, Claude, Trajan, Dioclétien, Constantius et Constantin le Grand16.

 

  

 

Le vieux château de Hohenbourg

 

Bien avant ce château, bâti par le duc d'Alsace Etichon sur la montagne appelée Altitona et qui va porter le nom de Hohenbourg à cause de sa situation élevée, il y avait une fortification érigée par l'empereur Maximin17. Elle était située sur le rocher sur lequel se trouve aujourd'hui le couvent. La sortie se trouvait en se dirigeant vers la Bloss où un chemin creux est entouré de parois taillées dans la roche. On peut même reconnaître la trace que la porte aurait pu être verrouillée par une poutre.

 

Un temple païen

 

Le Père Hugo Peltre18, chanoine des Prémontrés, auteur d'une Vie de Sante Odile, en parle en ces termes : « c'était une ancienne construction ronde dotée de 6 colonnes, au premier regard elle date des temps anciens et était autrefois le panthéon païen destiné à l'adoration des idoles. Etichon, par l'intermédiaire de saint Léger évêque d'Autun, l'a dédiée aux saints patrons d'Alsace ». J'ai encore vu cette chapelle en 1731 au cours d'un pèlerinage, lorsque je vins la première fois au Mont, puis, plus tard en 1733. En 1734, sous le prieur Reginaldus Bautrop, elle fut démolie pour laisser la place au restaurant actuel.

 

 

 

La fontaine Saint-Jean

 

Elle se trouve en contrebas19, à proximité de la route et permet aus voyageurs, aux ouvriers et au bétail de se désaltérer. Plus loin, en se dirigeant vers la Bloss, se trouve une fosse alimentée presque en permanence par de l'eau d'une source ; les habitants de Barr l'appelle la mare aux sangliers.

 

La Bloss

 

On appelle Bloss le plaine située au pied de la montagne, si étendue qu'elle empiète sur la zone du mur paien. Ce terme est déjà utilisé dans un plan, aujourd'hui défraichi, de Pierre Muller qui date de 1603 et qui se trouve dans les archives de la ville de Strasbourg. Sur ce plan figurent aussi des restes de murs qui semblent indiquer qu'il y avait des constructions. En l'an 1766, au début de l'été, cette place a été ravagée par un incendie. La partie de la Bloss située en dehors de la zone du mur est dans le ban communal de Barr.

 

Le Maennelstein

 

Au bout de la Bloss, lorsqu'on longe le mur païen en direction du Landsberg et de Barr, le sentier fait un angle et débouche sur une rangée de rochers plats sur le dessus. Dans le plan de 1603 on ne trouve pas de mention du nom de Maennelstein mais celui d'Einstein. Comme ces rochers se détachent de la montagne, ils offrent une vue panoramique sur la plaine d'Alsace. C'est sans doute le lieu évoqué par Hugo Peltre quand il écrit : « par temps clair on aperçoit les Alpes suisses, trois cent hameaux ou villages et une vingtaine de villes, parmi elles Strasbourg, Offenbourg, Vieux-Brisach, Fribourg, Sélestat, Haguenau etc » 

 

Le Schafstein

 

En poursuivant notre chemin nous rejoignons le Schafstein. Ce rocher plat, de niveau avec le sol, donne à penser qu'il pouvait servir de fondation à une ancienne construction. Il donne, avec un rocher voisin, sur un précipice de cinquante pieds.

 

Le Wachtelstein

 

Non loin du Schafstein et à l'écart du mur païen, se trouve le Wachtelstein. C'est un gros rocher de trente pieds de haut, légèrement incliné. Le nom provient sans doute du fait que du haut de ce rocher on pouvait surveiller les alentours (die Wacht– le guet). De la montagne Stephansberg de Barr, ces trois rochers apparaîssent dans un même un alignement.

 

Le monastère de Hohenbourg ou de Sainte-Odile

 

Le monastère a été détruit à plusieurs reprises par des incendies pour, chaque fois, renaître de ses cendres. Les faits que nous relatons sont surtout tirés de la Viede Sainte-Odile (1699) du Père Hugo Peltre et de History von Hohenburg (1751) du Père Dionysus Albrecht.

 

Le couvent fut construit à l'endroit même où se trouvait le vieux château Altitona ou Hohenbourg sous la première abbesse Sainte Odile entre 680 et 690. Les historiens ne font pas état de sa destruction accidentelle en 1045. Elle est reconstruite aussitôt et dédiée à la Vierge Marie par Bruno, comte d'Eguisheim et évêque de Toul. Quatre années plus tard, l'église et le monastère connaissent à nouveau le même sort et furent à nouveau reconstruits. En 1049 Bruno d'Eguisheim accède au trône pontifical. Au cours d'un voyage en Germanie il rend visite au monastère à la reconstruction duquel il a participé sur ses propres deniers et inaugure l'église. Cette information nous a été livrée par un document trouvé scellé dans un mur d'enceinte du bâtiment.

 

Dans une bulle du pape Lucius III20 qui confirme la fondation du monastère de Truttenhausen21 il est question de Hohenbourg en ces termes : «le duc  Frédéric, père de l'empereur Frédéric Barberousse à pris possession des biens de l'église de Hohenbourg et les a laissés dans un état de complète destruction. Son fils a profondément déploré le crime de son père et a recontruit à nouveau l'église et le monastère, qu'il a confié à l'abbesse Relinde, et a introduit le culte selon la règle de Saint Augustin ».

 

Par la suite, c'est Herrade de Landsberg qui prit la succession à la tête du monastère et reçut en 1193 la confirmation et le renouvellement de règlements datant du duc Adalric.

 

Le couvent fut détruit par des incendies en 1199, 1243 et 1301. L'été de l'année 1473 fut caniculaire au point que des indendies éclatèrent en Forêt Noire pendant plusieurs semaines. Ces incendies gagnèrent aussi le Mont Sainte-Odile et l'auberge a été dévastée par les flammes. Le monastère a aussi été détruit en 1474 lors du passage des troupes de Charles le Téméraire et là aussi il fut reconstruit.

 

En 1546, le jour de l'Annonciation, un des plus importants incendies éclata. Specklin qui en fut spectateur en parle en ces termes : « En l'an 1546, l'abbesse Agnès de Oberkirch s'enferma pour prendre son bain. Les moniales frappèrent à sa porte pour signaler que le couvent était en feu. Elle sortit, toute nue, pércipitamment du bain pour échapper aux flammes. Très peu de biens ont pu être sauvés. L'église, le cloître, les cloches ainsi qu'un trésor inestimables furent la proie des flammes. On pouvait voir l'incendie dans tout le pays, de Bâle, de la Forêt Noire et même de Rastatt » .

 

Suite à ce désastre, les moniales quittèrent le couvent et se réfugièrent chez des parents ou des amis. Par la suite, les revenus des monastères de Hohenbourg et de Niedermünster furent incorporés dans ceux du diocèse sous l'évêque Jean de Manderscheid22 en 1569.

 

Le couvent, la grande église et ses chapelles ne furent plus qu'un amas de gravats pendant 59 ans jusqu'à ce que Adam Peltz, évêque auxiliaire et vicaire général, arive à convaincre le Prince de Lorraine, cardinal et évêque de Metz et de Strasbourg, Charles de Lorraine23, de procéder à la reconstruction en 1605. L'évêque auxiliaire reçu l'ordre de démarrer aussitôt les travaux et il posa lui-même la première pierre au nom du cardinal. Il mourut en 1607, avant l'achèvement des travaux.

C'est seulement sous l'archevêque Leopold I24 que l'église et le monastère furent achevés et que des chanoines de l'ordre des Prémontrés furent installés.

 

Le couvent est à nouveau détruit en 1622 lors de l'invasion des troupes de Mansfeld et reconstruit en 1630 l'évêque et archiduc Leopol II25.

 

 

 

Le 7 mai de l'année 1681, un nouvel et terrible incendie détruira une nouvelle fois cette maison de Dieu. L'origine du feu se situait en contrebas, dans la forêt dite de Saint-Gorgon, l'incendie se propagea, favorisé par la sècheresse et le vent qui envoyait les braises vers le haut de la montagne.

 

Grâce aux dons récoltés les travaux purent reprendre en 1684 et l'édifice fut reconstruit, petit à petit. J'ai moi-même pu me rendre compte de l'état des bâtiments lorsqu'en 1750 j'ai séjourné au monastère pour l'édification de l'orgue.

 

 

 

Le père Dionisus Albrecht, prieur du couvent, donne le nom des autres chanoines ; Gottfried de Chance de Sulceno, Joseph Forquenot, François Bajot, Jean Rebour de Raon, Nicolas Joseph Guitton de Metz et Charles Louis Henri.

 

 

L'église

 

 

L'église actuelle fut construite en 1687, achevée en 1692 et inaugurée en 1696 par l'archevêque de Dublin et dédiée l'Assomption de Marie. Elle est entourée de piliers massifs et richement décorée. Le toit est est recouvert de tuiles en bois de chêne clouées pour se protéger des tornades. Elle est composée dans sa largeur de trois voûtes dont les deux voûtes externes sont plus étroites que la voûte centrale. Ces voûtes reposent sur 8 piliers en pierre. Des deux côtés, les mûrs sont décorés de panneaux de chêne qui descendent plus bas que le seuil des fenêtres et de 6 confessionaux minutieusements décorés par les ébénistes. Dans le choeur, séparé de la nef par un garde-corps, on a installé en 1774 des autels et du dallage en marbre.

 

  

 

La chapelle de la Croix

 

En sortant du choeur de l'église, on arrive à la chapelle de la Croix. Sainte Odile, l'abesse du monastère, la fit ériger en 690. La voûte repose sur un pilier central. Sa décoration et son architecture donne à penser qu'elle est ancienne, comme les chapelles suivantes. C'est dans cette chapelle que se trouve le sarcophage qui contenait les restes du duc Etichon et de la duchesse Bereswinde. Depuis 1753 il a été transféré de la chapelle des Anges à la chapelle de la Croix.

 

 

La chapelle Sainte-Odile

 

Elle se trouve à côté de la chapelle de la Croix. Elle était dédiée à l'origine par l'abbesse Odile à Saint Jean-Baptiste. Le choeur a été détruit en ces temps de guerre et reconstruit par la suite. Sur la voûte du choeur on peut lire : Anno Christi DCLXXVI S. Odilia Virgo hoc coenobium fundavit (fondée par la vierge Odile en 676). Le tombeau de grès et d'albâtre, qui renferme les ossements de sainte Odile, se trouve côté nord de la chapelle. Il repose sur une dalle de pierre. Un tableau encadré de deux piliers représente des personnages historiques du temps de l'empereur Charles IV26 qui a fait ouvrir le sarcophage. Sur les dessus du tableau, un texte en lettres d'or mentionne :

 

Ex integro et inconvulso B. Odiliae corpore brachi dextri parte sublata sacrae reliquiae mox reclunduntur sub hac theca testirus et ministris carolo IV Rom. Imp. Et episcopis Argentinensi et olomucensi Anno M. CCC. LIV.

 

Après qu'on ait retiré du corps intact de Sainte Odile une partie du bras doit27 on referma le tombeau en présence et avec l'aide de Charles IV28, empereur des Romains et des évêques de Strasbourg29 et d'Olmütz30 en l'an 1354.

 

Sur le dessus du tombeau se trouvent la statue de sainte Odile et celle d'un ange.

 

La décoration de ce tombeau a été réalisée grâce aux subsides de deux comtes von Manderscheid, du comte von Recken, tous les trois chanoines du diocèse de Strasbourg, ainsi du syndic du chapitre monsieur Ruth. Un tableau situé au-dessus du tombeau représente le baptême de Sainte Odile par l'évêque Erhart de Regensbourg. Au bas du tableau on peut lire :

 

Beatus vir Erhartus Ratisponensis episcopus ad Plamae in Burgundia nobilium virginum sodalitum angeli monitu dirigitur vei virginem natucaecam baptizaret. Quae geminam inde mentis et corporis lucem reportat claroque Odiliae nomine digne cohonestatur.

 

L'évèque béni, Erahrt de Ratisbonne, vint, sur l'indication d'un ange, au couvent des femmes nobles de Palma en Bourgogne pour baptiser une fille. On l'appela Odile et elle fut doublement éclairée, dans son corps et dans son esprit.

 

Les murs de cette chapelle sont peint en blanc et recouverts de panneaux dorés qui relatent la vie de Sainte Odile. Par une Bulle du pape Léon IX du 17 décembre 1051 il est précisé que sur cet autel et celui qui se trouve dans l'église personne d'autre ne pourra dire la grand'messe que l'évêque du diocèse et les titulaires de prébendes de l'église. Les autres prêtres doivent obtenir l'autorisation de l'abbesse.

 

L'Oelberg ou le mont des oliviers

 

Entre les murs de la chapelle de la Croix et de la chapelle Sainte Odile, un escalier étroit conduit à une petite chapelle voûtée située au-dessus de la chapelle de la Croix. Des panneaux réalisés avec art retracent la vie de Sainte Odile mais ils sont recouverts d'inscriptions à la craie laissées par les visiteurs.

La chapelle des Larmes

 

Cette chapelle, très ancienne, se trouve dans le parc du monastère. Elle porte son nom car Sainte Odile a versé beaucoup de larme quand elle priait pour son père. Une grille en fer recouvre une cavité due aux morceaux de roches arrachés en souvenir par les pèlerins. C'est dans cette chapelle que se trouvait la tombe d'Eugénie31, seconde abbesse qui a succédé à Sainte Odile. Elle mourut en 775 et fut enterrée dans la chapelle Sainte Odile. Son cercueil fut ouvert lors de l'invasion des troupes de Mansfeld, sans doute pour y trouver un trésor, sans toucher aux ossements. Mais pendant la guerre des suédois la tombe fut profanée et les ossements dispersés. En 1696 le tombeau fut transféré dans la chapelle des larmes sous l'autel.

 

La chapelle des Anges

 

Elle semble être du même âge que la précédente et bâtie en pierres rectangulaires. On l'appelle aussi la chapelle suspendue car elle se trouve à l'extrême limite d'un rocher, ronger par l'érosion, et qui se termine en précipice. Au-dessus de la porte d'entrée sont gravées les armoiries de l'évêque Leopold I avec l'inscription suivante :

 

Restituta in anno domini IesV Christi suivi de l'indication de l'année : 1617. Il s'agit de l'année ou le sarcophage contenant les ossements du duc Etichon et de son épouse Bereswinde a été transféré de l'église en ruines dans cette chapelle et scellé dans le mur extérieur. J'ai encore vu en 1750 les traces sur le mur extérieur de la chapelle des Anges. Dans la chapelle même, à côté du tronc servant aux aumônes, il était noyé dans le mur. Seule une dalle portant l'inscription suivante était visible :

 

Sepulcrum Attici et Bereswindae coniugis S. Odiliae progenitorum.

 

Sepulture du duc Etichon et de son épouse Bereswinde, parents de Sainte Odile.

 

On pouvait voir sur le cercueil un trou qui a été colmaté. Le savant prieur Dionysius Albrecht prétendait qu'une partie des ossements du duc se trouve à l'heure actuelle à Ebersmunster une de ses fondations. Le prieur, bien intentionné, a fait transférer la tombe en 1753 dans la chapelle de la Croix, surmontée de l'inscription :

 

Sepulcrum Adalrici feu Athici Ducis & Bereswinde Parentum S. Odiliae Abbatissae ex majori ecclesia hac incendio devasta a. 1546 translatum in capellam S. S. Angelorum a. 1617 repositum ex dicta capella in locum pristinum a ; 1753 ubi sua vokuerunt corpora requiescere & horum faeculis requieverunt modo atque semper requiscant in Pace.

 

Tombe du duc Adalric ou Etichon et de Bereswinde, parents de l'abbesse Odile qui fut tranférée en 1617 de cette église dévastée par un incendie en 1546 dans la chapelle des Anges et replacé à l'emplacement initial en 1753. Que leurs dépouilles reposent à jamais en paix.

 

 

Le monastère est transformé en prieuré des Prémontrés

 

Il n'y avait au départ que deux membres de la congrégation  affectés au monastère: le prieur de Saint Gorgon et son chapelain. En 1663, le monastère devint une résidence de chanoines : Albrecht Riviere premier prieur, Franz Scharff intendant et deux autres chanoines. Le premier prieur mourut en 1674 et fut remplacé par Servatius Morceaux. Du fait des guerres et des maraudes il fut contraint de fuir avec ses compagnons à Obernai. Il a même été exposé deux fois à la torture suite à des allégations mensongères.

 

Le père Franz Scharff devint en 1681 prieur de la congrégation. C'est à cette époque que le monastère connut le plus terrible des incendies. Comme la congrégtion a estimé que Franz Scharff était plus utile comme intendant, elle désigna en 1682 le père Brulle comme prieur avec le père Hieronimus Richter comme adjoint.

 

Ces trois prêtres, grâce aux dons récoltés, ont tout mis en œuvre pour relever le monastère de ses cendres. Le prieur Bulle, après avoir obtenu les autorisations, chercha à rassembler les dons, le père Richter du côté de Cologne et le père Scharff, enfant du pays, en Alsace. Le père Dominique François, se chargea de la collecte dans le Sundgau et le pays de Souabe. Cette collecte va permettre la reconstruction des bâtiments canoniaux en 1684.

 

La Fontaine de sainte Odile

 

A environ un quart d'heure en contrebas du couvent se trouve la fontaine de sainte Odile. En 750, celle-ci aurait fait jaillir cette source du rocher pour venir en aide à un pèlerin, à bout de force, qui tentait de gravir la montagne. En 1722 on a construit une maisonnette autour voir croquis ci-dessous.

 

L'ermitage Saint Jacques

 

Cet ermitage se situe au-dessus de Niedermunster en se dirigeant vers Heiligenstein. Il aurait été construit en 893 par les cinq chevaliers mandatés par le duc Hughes de Bourgogne32 pour acommpagner le chameau qui portait la pécieuse croix de Bourgogne à Niedermunster33. Après avoir réalisé leur mission, ces cinq chevalier se retirèrent pour passer le restant de leurs jours, en ermite, dans ce lieu retiré à un quart d'heure de Niedermunster. Il reste quelques vestiges de cette chapelle.

 

 

 

Niedermunster

 

Les restes de ce monastère réputé se trouvent dans une vallée située au pied du Mont Sainte-Odile et à proximité de Saint Nabor. Ce monastère, fondé par l'abbesse Odile qui y a placé une partie des chanoinesses en 700, était aussi appelé Hohenbourg du bas. Odile partagea ses possessions entre les deux monastères. A proximité, elle fit construire un hôpital qui a boénéficié d'une donation de Bereswinde, sa mère, de biens situés à Boersch. Odile vint elle-même en aide pour secourir les pauvres et les malades et distribuer l'aumône. A proximité, elle fit ériger une chapelle dédiée à Saint Nicolas évêque de Myre.

 

Vers la fin du IXème siècle, la précieuse croix fut transférée à Niedermunster et le père Hugo Peltre en donne la descrition suivante : cette croix mesure six pied de haut et deux de large, elle est composée de bois de chêne recouvert de plaques d'argent représentant les scènes de la vie et de la passion du Christ. Dans cette croix sont conservées les reliques que Charlemagne a remises à Hughes de Bourgogne. Cette croix devint un objet de culte pendant de longues années. En 1542, le monastère fut entièrement détruit par un incendie et l'évêque34 de Strasbourg transféra cette croix au monastère de Hohenbourg ou Sainte-Odile. Comme ce dernier connut le même sort en 1580, l'évêque confia la précieuse relique aux jésuites de Molsheim. Ceux-ci firent construire en 1618, avec l'aide de l'archiduc d'Autriche Leopold, la belle église de Molsheim35 et placèrent la croix dans une chapelle latérale où elle est encore aujourd'hui36. Elle est sur l'autel, scellée derrière un panneau en bois.

 

Le monastère a été détruit par un incendie en 1180 alors qu'il était sous la direction de l'abbesse Edelindis. Il fut reconstruit et Specklin nous apprend qu'il a été inauguré par le légat du pape, l'évêque de Mantoue en présence de l'évêque Conrad de Strasbourg et dédié à Dieu et à Saint Léger. Il ajoute que la croix a été restaurée et qu'en 1279 elle fut volée ainsi que la vieille couronne des rois alamans et que le voleur a été capturé et pendu.

 

Le monastère fut à nouveau détruit par un incendie en 1542 pendant que l'abbesse Ursula von Rathsamhausen était à Barr. Il fut a nouveau reconstruit et administré par un intendant. En 1572 il fut à nouveau incendié et détruit totalement par un orage. De nos jours il ne reste plus grand chose car comme le souligne Specklin, l'évêque Jean de Manderscheid, dont il était le conseiller, fit construire les remparts de Benfeld et pour ce faire, utilisa les pierres du couvent. Le curé Jean Schuttenheimer de Ottrott et Saint-Nabor précise aussi que les pierres de Niedermunster on été utilisée pour les remparts de Benfeld et le clocher de Erstein. De l'hôpital il ne reste plus qu'un pan de mur à proximité de la chapelle Saint Nicolas qui servait pour l'hopital. Cette chapelle avec son clocher est toujours debout. Car c'est une construction solide avec ses murs en pierre et ses piliers massifs. Ce qui est remarquable ce sont les deux choeurs voûtés placés l'un au-dessus de l'autre. On peut atteindre celui du dessus en empruntant deux escaliers en colimaçon. La chapelle du dessous est dédiée à saint Nicolas et celle du dessus à l'évêque saint Martin. Un office se tient toutes les semaines.

 

Dans l'histoire de Niedermunster il est surtout question de trois tilleuls plantés par sainte Odile elle même à côté de l'église. De nos jours il n'en reste plus qu'un les deux autres ayant disparu dans un incendie de forêt.

 

Suite à l'incendie de 1542 les chanoinesses ont été amenées à quitter le monastère dévasté. Quelques unes se sont réfugiées au Mont Sainte-Odile en emmenat la précieuse croix.

 

Barr et les environs

 

Cette région se trouve à environ six heures de Strasbourg et est une seigneurie de cette ville, entourée de vignobles. Ses remparts avec ses douves, le château qui se trouve à l'intérieur, ses citoyens respectables, ses marchés hebdomadaires et annuels lui donnent vraiment l'apparence d'une petite ville. Cette contrée est connue dès le 8ème siècle sous le nom franc de Barru, Beara ou Barra dans deux actes datant de 788 et 798 des abbés de Fulda37 et dans un diplôme de l'empereur Charles le Gros38.

 

En 1624 les rempart et les fossés existaient encore et il était interdit de creuser des ouvertures pour accéder, par les fossés, aux parcelles. Les remparts englobaient le cimetière et le parc du château. Lorsqu'on a construit en 1738 le presbytère catholique, le mur ancien a été arraché. Des témoignages datant de 1744 font encore état de traces de vieux murs qui dataient des désordres de 1611 relatés ci-dessous. Les portes de la ville, la porte dite Vögelthor en direction de Strasbourg, la Niederthor vers Sélestat , la Altgassthor vers Mittelbergheim et la Metzger-Thal ou Neugassthor étaient endommagées et ont nésessité une réfection par la ville. Il en était de même pour les ponts. Il y avait en plus trois petites portes : la Niederthörlein vers Gertwiller, la Hasenthörlein vers Mittelbergheim et la Fallthörlein au cimetière.

 

Du très vieux château39, qui appartenait à un seigneur du nom de Wespermann, les chroniques de Colmar relatent qu'il a été détruit par le diable (incendie). On appelait encore en 1422 ce château Wespermannsburg. On l'aurait aussi appelé Kleppernburg. Ce château a été rénové entre 1580 et 1587, du côté du pont-levis et de la cour intérieure.

 

Dans ce château mourut en Novembre 1583 le dernier seigneur de Barr40 qui lors de la cession de la seigneurie à la ville de Strasbourg avait prévu une clause lui permettant de rester dans le château jusqu'à sa mort.

 

Les armées lorraines le brûlèrent en 1592 et en 1601 et la cour intérieure fut démolie par la ville de Strasbourg. Le château actuel qui repose en partie sur les fondations de l'ancien a été construit en 1640 et est occupé par le prévôt. Une aile du château est réservé aux seigneurs pour leur permettre de traiter leurs affaires et y séjourner.

 

La Burgerstube41, où se réunissaient les bourgeois, a été détruite par deux fois par un incendie en1593 et 1678.

 

L'église Saint Martin se trouve sur une hauteur au pied de la montagne qui de ce fait se prénomme Kirchberg. Je ne connais pas les dates de sa fondation ni de sa construction pour le moment. Un parchemin datant de 1328 de l'abbesse von Geroldseck d'Andlau et de Jean le jeune von Geroldseck prévôt de Barr ordonnent, que chaque jour, à l'exception de Dimanche et jours de fêtes, une messe du matin soit célébrée sur l'autel à l'intention de ceux qui du fait de leur travail ne peuvent pas assister aux offices ordinaires. A cet fin, un vicaire, devant habiter à Barr, a été commandité, à la charge de l'abbaye.

 

Le clocher semble être bien plus ancien que le reste de l'église. Le toit a été reconstruit en 1680 et couvert d'ardoises. L'église même a fait l'objet d'une réfection en 1560. A côté du choeur se trouve une statue scellée dans le mur qui représente un chevalier harnaché, agenouillé et tête nue. Devant lui on peut apercevoir son heaume et ses armoiries. Sans aucun doute il s'agit d'un monument érigé à l'intention de Nicolas Ziegler par ses fils Maximilien et Frédéric.

 

Les catholiques et les protestants se partagent l'église pour célébrer les offices. Les catholiques occupent le choeur depuis 1685. L'office religieux catholique est célébré par un curé royal désigné par l'évêque de Strasbourg. Il a aussi en charge Heiligenstein, Goxwiller et Bourgheim. Le pasteur de la confession d'Augsbourg est désigné par la ville de Strasbourg, rémunéré et logé par celle-ci. Il est assisté d'un diacre rémunéré par Strasbourg et logé par la ville de Barr.

 

Des deux côtés de l'église se trouve le cimetière également partagé entre les deux confessions et entouré par un mur d'enceinte. Il servait de rempart et permettait de surveiller toute la région, à l'exception de la montagne qui se trouve derrière. Une garnison de dragons sous le commandement du baron d'Asfeld et du commandant Dubois Duplessier y avaient établi leur cantonnement dans les années 1678 et 1679.

Pour améliorer la défense de ce cimetière on avait creusé un fossé autour du mur avec un pont-levis et une guérite donnants sur la plaine. Cette guérite s'est écroulée et le fossé a été remblayé...

 

Parmi les activités artisanales, il faut citer les tanneries installées au bord de la rivière Kirneck.

Une diligence, installée en 1756, permettait deux allers-retours pour Strasbourg le Lundi et le Jeudi.

 

Des malheurs qui ont frappé la région de Barr

 

Barr a été touché par l'invasion des anglais42 en 1375 lorsque ceux-ci, pour la deuxième fois, ont pénétré en Alsace par le col et dévasté la région. En 1444 c'est au tour des Armagnacs de pénétrer dans la région43 ; ils vinrent avec 12000 chevaux jusqu'à Ebersheim, Kogenheim et Blienschwiller. Les habitants pensèrent se protéger grâce au château et au cimetière fortifié et furent résolus à se défendre. Le château tomba entre les mains des assaillants et la ville de Barr eut à déplorer des morts et beaucoup de dégâts dus aux incendies.

 

Ces hordes, composées de 33300 cavaliers, traversèrent l'Alsace de Montbéliard jusqu'aux environs de Strasbourg. En 1445, à la chandeleur, 800 cavaliers parvinrent aux abords de Ebersmunster tuèrent trois personnes et firent dix prisonniers. La trompète sonna l'alarme et les archers de Strasbourg en tuèrent 10 parmi lesquels le duc de Montgomery44, un capitaine écossais. Lorsque les armagnacs virent que leur capitaine était mort, ils égorgèrent leurs prisonniers et emmenèrent le cadravre de leur chef à Dambach. Ils l'éborgnèrent, firent bouillir le corps dans de l'huile et du vin et l'envoyèrent dans son pays.

 

Vendredi suivant, plusieurs valets de pied arrivèrent de Obernai et entrèrent dans Barr. Ils tuèrent huit armagnacs et volèrent trente trois chevaux. Enfin, autour de Pâques, ces hordes quittèrent le pays, certains par le val de Lièpvre et d'autres par Monbéliard. En 1592, l'évêque de Strasbourg, le comte de Manderscheid décède. Lorsque les lorrains soutinrent l'évêque Charles de Metz45 pour le siège épiscopal de Strasbourg contre Jean Georges de Brandebourg évêque protestant ils vinrent jusqu'à Barr et Sélestat pour commettre d'innombrables méfaits.

Les lorrains arrivèrent le 10 août à Barr ; les gardes du château résistèrent vainement et comme le prévôt était absent ils volèrent tout ce qui tombait entre leurs mains. Ils réclamèrent 1000 couronnes et brûlèrent néanmoins le château ainsi que soixante dix maisons. Après cela, l'évêque leur envoya un de ses hommes, Pierre de Fay la Tour, qui leur soutira encore mille Thalers.

 

La mort de Johann Wilhelm Jülich de Kleve Berg46 en 1609, entraîna beaucoup de convoitises autour de sa succession et de désordres, qui touchèrent aussi l'Alsace, et auxquels prirent part la ligue évangélique et l'union des catholiques. Comme les troupes de l'évêque de Strasbourg, l'archiduc Leopold d'Autriche, parcouraient la région, la ville de Strasbourg fit renforcer en 1611 les défenses de Barr et de Mittelbergheim.

 

En outre, en Alsace, on craignait une reprise de la guerre suite aux désordres de Bohême. La ville de Strasbourg cherchait à préparer sa défense et pendant qu'un contingent de barrois, le 3 juillet 1620, était utilisé à Strasbourg pour creuser des tranchées autour du Metzgerthor, des habitants de Scherrwiller et des environs en profitèrent pour attaquer la ville de Barr. Les barrois furent prévenus par un soldat de l'armée de Léopold et purent déjouer la manœuvre.

 

Lorsque les troupes suédoises se rapprochèrent de l'Alsace, le troupes impériales sous le commandement du comte Ernest de Montecuculi pénétrèrent en Alsace avec 20000 hommes pour assurer sa défense. Ils étaient en casernement à Barr, Marlenheim et dans d'autres lieux qui dépendaient de la ville de Strasbourg où ils vécurent sur le dos de la population. L'armée de Gustave Horn battit le cœur de la cavalerie impériale le 16 août. Les impériaux abandonnèrent les postes qu'ils avaient conquis et traversèrent le Rhin du côté de Philippsbourg. Les suédois se sont ensuite rendus maître de presque la totalité de l'Alsace.

 

Le 15 novembre 1636, les maraudeurs lorrains ont attaqué Barr pour dépouiller les habitants. La trompète des troupes impériales de von Puchheim avoua qu'ils avaient repris les chevaux et les biens volés.

 

De 1673 à 1679, du fait des allers et venus des troupes royales françaises et des troupes alliées impériales, les troubles furent permanent.

 

Pendant l'affrontement d'Entzheim, le 24 septembre 1674, entre les troupes françaises du maréchal Turenne et celles impériales du maréchal de Bournonville, la région de Barr a subi de grands dommages comme en témoignent les plaintes adressées à la ville de Strasbourg.

 

Un rapport de 1678 du prévôt Johann Joachim Richshoffer, qui se trouve dans les archives de la ville, indique qu'un incendie a totalement détruit la ville à l'exception de quelques maisons et de l'église et qu'il ne restait plus une goutte de vin, pas même une douve. L'incendie qui a duré quatre jours a fait fondre les vitres des fenêtres. Un citoyen de Barr prénommé Fromm, par la canonière de la porte de la ville, a tiré sur un officier français qui est tombé de son cheval. Les français, qui auparavent étaient tranquilles, ont incendié la ville. Cette histoire a été racontée souvent par Mathias Bartholome, marguillier et tonnelier à Heiligenstein qui en fut lui-même témoin alors qu'il avait douze ans. Cet homme né à Heiligenstein est mort en 1760 à l'âge de quatre vingt quatorze ans et fut le doyen de la ville.

 

Après que Louis XIV et l'empereur Leopold aient signé les traités de Nimègue en 1679, le roi nomma le baron de Montclar en l'absence du duc Mazarin comme adjoint au bailli régional de Haguenau. Celui-ci demanda à ce que toutes les villes de la région jurent fidélité au roi.

C'est ainsi qu'en 1680 toutes les mairies et toutes les portes des cités de la région de Barr affichèrent les armoiries royales.

 

La seigneurie de Barr

 

La seigneurie de Barr est vraisemblablement une possession impériale depuis les temps les plus anciens. Cette seigneurie était détenue en fief par les Ochsenstein au 14ème siècle. Adelheit von Ochsenstein a transmis sa part à son frère Hansen von Ochsenstein, doyen du chapitre de Strasbourg en 1381. L'empereur Wenzel47 accepta la transmission à l'évêché mais avec droit de reprise.

 

En 1404, Anna von Ochsenstein, dame de Geroldseck vendit sa part, un quart du village et du château, à son neveu Eberhard von Ramberg et à Johannes Zorn, nommé Schönecken.

 

En 1472, l'électeur palatin Friederich I était propriétaire de la seigneurie et du château du Landsberg. Il nomma le comte de Leiningen comme prévôt et celui-ci occupa le château de Landsberg.

 

A la suite des querelles avec l'électeur palatin ; l'empereur Maximilien repris la seigneurie et la confia en 1518 à Niclaus Ziegler von Ziegelberg, un suisse, qui était son secrétaire particulier.

Ce Niclaus Ziegler devint sous Charles Quint vice chancelier de l'empire. L'empereur Charles Quint lui transmis la seigneurie en pleine propriété en 1521 avec l'accord de l'électeur palatin et en échange de son dévouement au service de l'empire.

 

Les fils de Niclaus Ziegler, Maximilian et Friedrich, vont hériter par parts égales de la seigneurie après sa mort. Comme ils étaient endettés, Maximilien vendit sa part à la ville de Strasbourg. Cette vente s'est déoulée le 25 avril 1566 pour 42800 florins. Maximilien s'acheta une résidence à Strasbourg. Après la mort de Maximilien, Friedrich, avec l'accord de sa femme, suivit son exemple et céda sa part à la ville de Strasbourg le 6 novembre 1568 pour 48000 florins. La fonction de prévôt et le droit de justice d'Obernai ont été trasférés à la ville d'Obernai en 1656.

 

La ville de Strasbourg va être représentée par un prévôt résidant à Barr. Il est désigné par le Conseil des XXI et présenté aux nobles de Barr ainsi que le secrétaire et le receveur.

 

 

Heiligenstein

 

Koenigshoven48, dans sa chronique de Strasbourg du XIVèeme siècle fait état de deux vieilles familles nobles de Strasbourg qui se nommaient von Heiligenstein. Bernhard Hertzog49 dans son livre III (page 23) signale que ce village avait ses nobles qui se nommaient von Heiligenstein ou vicomtes de Heiligenstein. Et dans son livre VI, il signale qu'ils furent citoyens de la ville de Strasbourg en 1380 que des membres de la famille siègeaient au conseil et faisaient partie du régiment.

 

Au début du village, à droite lorsque l'on arrive de Barr, derrière le jardin du presbytère, se trouvent des murailles, hautes d'un étage et utilisées par une maison d'habitation et une cave. Par endroit on distingue le fossé qui l'entourait. Les habitants appellent cet endroit « die Höhle » (la grotte). On a trouvé des débris de tuyauteries en faïence qui permettaient d'amener l'eau de la fontaine à ce petit château qui semble avoir été occupé les frères Ziegler.

 

Les habitants, en grande partie, adhèrent à la confession d'Augsbourg. L'église, dédiée à saint Jean-Baptiste, dépend de celle de Barr et est aussi desservie par le curé catholique de Barr. Le ban de Heiligenstein est propice à la culture de la vigne mais comporte aussi prairies.

 

C'est dans un de ces prés que les paysans, en 152550, en quête de libertés et suivant l'exemple des paysans allemands, se réunirent. Sur ce pré, ils prirent la décision de se rendre à Dorlisheim. Ils attaquèrent le couvent d'Altorf, s'empifraient et se saoûlaient, par la suite beaucoup de couvents furent pillés et détruits de part et d'autre du Rhin.

 

La ville de Strasbourg chercha au début à contrôler ce mouvement désordonné. Elle envoya Conrad Reiffen avec ses mercenaires à Altorf où même le Schultheiss de Rosheim faisait partie des meneurs. Vu les mauvaises nouvelles, le bailli de Haguenau, Bernhard Wurmser et l'échevin Martin Härtlin furent envoyés sur les lieux en même temps que d'autres seigneurs. Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux ils trouvèrent porte close et finalement, un paysan leur dit qu'ils n'ont qu'à attendre que ces messieurs aient fini leur repas.

 

Pendant que les paysans faisaient ripaille ils se concertèrent sur l'attitude à adopter face aux émissaires. Et lorsqu'ils étaient bien ivres et excités, ils consentirent à faire entrer ces messieurs, mais les laissèrent debout. Ceux-ci expliquèrent aux paysans le danger de leur attitude et leur assurèrent que leur comportement serait pardonné s'ils donnaient la promesse de revenir au calme. Les paysans répondirent qu'ils savaient ce qu'ils avaient à faire et qu'ils n'ont qu'à retourner à Starsbourg avant qu'on ne leur donne une autre réponse ...

Gertwiller

 

Gertwiller est situé près de Barr en allant vers la plaine, le long la rivière Kirneck. Ce lieu ainsi que d'autres aux alentours sont cités dans le testament de sainte Odile et dans un acte de Rodolphe 1er datant de 1284 qui fait référence à ce testament.

 

Le 13 juillet 1592 des mercenaires lorrains pénétrèrent dans le village et volèrent 39 chevaux et 26 bovins. Par la même occasion ils volèrent 32 bovins à Dorlisheim mais les soldats qui étaient en casernement à Barr les ont repris. L'église saint Bartholome sert aux deux religions. Le chapitre de Strasbourg nomme le pasteur qui est rémunéré en partie par la ville et est logé par le chapitre. L'office catholique est assuré par le curé de Mittelbergheim.

 

Goxwiller

 

Goxwiller est situé dans la plaine au Nord de Barr Le 7 juin 1592 des mercenaires lorrains agressèrent le village mais cent soldats strasbourgeois qui étaient cantonnés à Barr vinrent à leur secours ainsi qu'une trentaine de citoyens de Barr, Heiligenstein et Gertwiller et encerclèrent le village. Ils tuèrent 15 lorrains et s'emparèrent de leurs chevaux.

 

Le lendemain les lorrains revinrent et firent prisonnier l'écoutète et le sacristain. Le premier eut la vie sauve contre deux chevaux et 104 couronnes, le deuxième passa de vie à trépas. Le 18 juin les paysans furent à nouveau attaqués et emmenés pour creuser des tranchées.

 

L'église saint Jean est aussi un simultaneum. Le curé de Barr doit s'occuper de cette paroise et y entretenir un vicaire. Le pasteur est nommé, rémunéré et logé par la ville de Strasbourg.

 

Bourgheim

 

La première mention de ce lieu se trouve dans un diplôme de Charlemagne de 776 et dans un autre de 810 qui mentionne une donation de ce lieu au bénéfice du monastère d'Ebersmunster. Avant déjà, Etichon et Bereswinde firent don d'une ferme et de terrains situés en ce lieu ainsi que du droit de dîme.

 

Une bulle du Pape Innocent IV de 1245 confirme la donation d'une ferme située à Bourgheim au monastère de femmes d'Obernai. D'après Specklin il y avait aussi à Bourgheim une propriété détenue par un chevalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem en 1320. Le roi Rodolphe 1er et l'empereur Charles IV (en 1360) font état de deux villages distincts Ober et Unter Bourgheim.

Lorsque Friederich Ziegler vendit sa part de la seigneurie de Barr à Strasbourg en 1568, il est aussi question de Nieder-Bourgheim.

 

Selon une vieille tradition ce lieu était occupé par une ville car on y a trouvé des restes de murs et de pièces romaines. L'église, dédiée à saint Arbogast, est aussi partagée par les deux religions et les offices sont assurés par le curé et le pasteur de Goxwiller.

Mittelbergheim

 

Ce village est situé sur une colline et entouré de vignes. Ce lieu qui s'appelait jadis Berckheim ou Bergheim et a pris le nom de Mittelbergheim, sans doute parce qu'il était situé entre Oberbourgheim et Scharrachbergheim. En 1255, l'évêque de Strasbourg mis en gage ce bien impérial à son vassal, Eberhard von Andlau pour 200 marks d'argent.

 

La ville de Strasbourg nomme et entretient un bailli impérial et un prévôt ; ce dernier faisant office de receveur.

 

La vallée de Barr

 

Cette vallée, arrosée par la rivière Kirneck, porte le nom de vallée saint Ulrich car il y avait une chapelle et un monastère dédiés à saint Ulrich. Le long de cette vallée il y avait aussi plusieurs moulins. Sur la colline appelée Bühel il y a une cour dimière de l'évêché de Strasbourg qui a été restaurée en 1750 avec les marériaux provenant du monastère de Truttenhausen. Elle est entourée de vignes et on l'appelle le saint « Kreuzhof ».

 

Le Hangenstein

 

En s'enfonçant dans la vallée, sur le côté droit ; à une heure de Barr on arrive au rocher du Hangenstein qui se compose d'une rangée de plaques rocheuses alignées verticalement.

 

 

 

Sur l'autre versant de la rivière Kirneck, quand on se dirige vers le château d'Andlau, on trouve dans les buissons une croix qui porte la date 1504. Plus haut se trouve la ruine de la chapelle sainte Anne. Dans un plan de 1603 on peut voir une église avec un clocher pointu située à côté d'une maison. En poursuivant le chemin on accède au château d'Andlau.

 

Haut-Andlau

 

 

Le château est plus récent que l'origine du monastère et la ville d'Andlau. Le val d'Andlau s'appelait autrefois Eleon et la rivière Andelahe. Le château a été détruit à deux reprises, en 1216 par l'évêque Heinrich von Beringen et en 1246 par l'évêque Heinrich von Stahleck. C'était pendant la querelle des investitures, à une époque où le chapitre a pris partie contre les Hohenstaufen. Quatre vingt dix ans plus tard le château a été proposé en fief aux nobles d'Andlau par l'évêché. Ils le proposèrent, peu après, dans le même siècle, en sous-fief à Ulrich von Uttenheim.

 

 

Les remparts sont plus récents que le château comme en témoigne un linteau qui porte la date 1528. Le château est encadré par deux hautes tours couvertes de toits pointus. Le bâtiment situé entre les tours est plus large au milieu qu'aux deux bouts et est couvert de tuile. Tout en haut se trouve un chemin de ronde.

La tour de gauche servait jadis de prison. Le plancher supérieur présente une ouverture au milieu. Lorsque je suis monté la première fois en empruntant une grande échelle j'y ai trouvé une vieille poulie.

 

A l'étage supérieur du château se trouve une grande chambre dont les murs sont recouverts de planches qui portent diverses inscriptions à la craie ou à la pierre rouge. L'une d'entre elles date de 1559 et porte le nom de Bernhard Johm. Le reste des pièces est sombre et dans un état délâbré. Le mur d'enceinte et les tours, par contre, sont dans un bon état. Le château est bâti sur un rocher et l'entretien des constructions est assuré par les seigneurs d'Andlau. Le puit, creusé dans la roche, forme une citerne destinée à recevoir les eaux de pluie. En 1633 le château fut pris par les envahisseurs suédois. En 1673 les seigneurs d'Andlau demandèrent à la ville de Strasbourg d'envoyer un corps de garde composé d'un caporal et de six hommes pour renforcer la surveillance du château. Cette demande fut acceptée et donna lieue à l'établissement d'un contrat.

 

A l'heure actuelle, le château est occupé par un garde-forestier. En 1695 le forestier Franz Ettighoffen a abattu un ours.

 

Spesbourg

 

 

 

Derrière le Haut-Andlau, sur le Rothmansberg près de la vallée d'Andlau, se trouve la ruine du Spesbourg. Il appartenait aux nobles von Dicka et devint fief épiscopal des Andlau en 1383. Walther von Dicka est mort en 1383 dans ce château. Ce dernier de la lignée avait pour armoirie 6 lys sur un fond doré. Le château fut pris d'assaut en 1431, un jeudi saint, par le duc Stephan de Bavière51 mais les habitants d'Andlau et des alentours , environ 2000 hommes, le reprirent. Pour accéder au château il faut monter un escalier et passer sous un porche. La grande tour au nord-ouest est construite de pierres à bossage.

 

Près de l'entrée se trouve un beau tilleul et du château on a une belle vue sur la vallée parcourue par la rivière Andlau. Cette vallée a été attaquée par deux fois au XIVème siècle par les Strasbourgeois.

En 1376 un mercenaire de cette ville a été blessé par un seigneur d'Andlau.

 

Lorsqu'en 1393 l'évêque Friederich von Blanckenheim52, après des querelles avec la ville de Strasbourg, décida de démissionner, le chapitre a élu Burkhard II comte de Lützelstein sans apaiser les tensions. Le pape s'adressa au chapitre et à la ville pour déposer le nouvel élu et reconnu l'ancien évêque d'Utrecht, Wilhelm von Diest, un hollandais. La ville approuva cet arrangement et vint en aide au nouvel évêque pour qu'il puiisse excercer sa fonction.

 

Sur ce, les nobles d'Andlau et de Rathsamhausen, avec d'autres qui tenaient à l'évêque Burckhart, attaquèrent les strasbourgeois.

 

Ottrott

 

Cest un village étendu, divisé entre Ottrott le Haut et Ottrott le Bas. Ottrott le Bas est une possession des Rathsamhausen, en même temps que le château de Lützelbourg. Ottrott le Haut appartient à l'évêché de Strasbourg. L'église paroissiale d'Ottrott le Haut est dédiée aux apôtres Simon et Jude. A Ottrott le Bas il y a une chapelle dédiée à Saint Nicolas. Chacun des villages comporte 90 habiatnts catholiques et dans le bas il y a encore 37 juifs.

 

Saint Nabor

 

Saint Nabor est le village le plus proche du mont Sainte-Odile et était une possession de l'évêque de Strasbourg. On trouve son nom dans le testament de sainte Odile. Il porte le nom de Saint Nabor car au 8ème siècle, l'évêque Chrodegang53 de Metz, venant de Rome, y apporta une relique de ce saint.

 

Truttenhausen

 

Ce monastère, fondé en 1181 par l'abbesse Herrade de Landsberg54 et le servant Günther von Juhenhege, est situé dans la plaine et fut l'objet d'importantes donations. C'est un monastère de l'ordre des Augustins, dédié à Marie et à saint Nicolas, qui était composé de 12 chanoines et d'un prieur. Le 18 avril de la même année, le duc d'Alsace Friederich55, prévôt de Hohenbourg, va confirmer ces donations. Le pape Lucius III fit de même en 1185 et le premier chanoine venait de Marbach56. Une date de 1490 qui figure sur l'appui de fenêtre au-dessus de la porte de l'église laisse supposer que la tour et peut-être l'église on été reconstruits.

 

Ce monastère a souffert de la guerre des paysans en 1524. Une incendie qui débuta près des cuisines et des bains ravagea en grande partie l'église et le cloître. Comme les religieux abandonnèrent le site ce sont les Landsberg qui le reprirent en tant que fondateurs. En 1749 ils le vendirent au chapitre de Strasbourg puis il retourna à nouveau aux Landsberg. Dans la chapelle, au-dessus d'un autel, une inscription indique : Bernhard von Uttenheim prévôt de Barr année 1409...

 

Dans l'église en ruine on pouvait voir dans un réduit, à côté du choeur, une pierre tombale datée de 1492 et représentant un chevalier en armure avec deux lions à ses pieds. On pouvait voir aussi au-dessus, à droite le blason des Landsberg et à gauche celui des Rathsamhausen. Lorsqu'on a construit une nouvelle chapelle en 1763 on a scellé la pierre tombale et les armoiries dans les murs de celle-ci. Avant, en 1750 on a prélevé des pierres pour construire la cour dimière du Bühel à Barr ainsi qu'une métaierie près du monastère.

 

Le Mönkalb

 

Quand de Barr on monte au Kircheberg on arrive à un endroit qui porte le Nom de Mönkalb ou Mons calvus (montagne chauve) appelé ainsi parce qu'on n'y trouve que de la mauvaise herbe et de la mousse. D'après des actes de vente détenus par des particuliers on l'appelait jadis aussi Münchhalt. En poursuivant la route par la gauche du Mönkalb on arrive au Landsberg.

 

Le Mönkalb fait face à la colline du Crax et au Silberberg qui séparent la vallée de Barr de celle d'Andlau. Sur la colline du Crax il y avait autrefois un château qui appartenait au seigneur Cuno von Berckheim qui était Landvogt d'Alsace. Ce château fut détruit en 1293 par l'évêque et les citoyens de Strasbourg, comme le château de Germersheim57. En 1301, après la paix survenue entre Cuno et l'évêque, on s'est mis d'accord pour ne plus construire de forteresse à cet endroit. A la mort d'Adolf de Nassau58, l'évêque a utilisé les pierres du château pour consolider les remparts de Lichtenau59.

 

De l'autre côté du Mönkalb on peut apercevoir la collégiale Saint-Léonard60, Bernardsviller, Obernai et le Bischenberg et derrière celui-ci le Ungersberg ou Hungersberg situé entre la vallée d'Andlau et le val de Villé. Il semblerait que cette montagne tire son nom des Huns ou des Hongrois. Il y aurait encore des vestiges d'un ancien château.

 

 

Le Lands berg

 

Entre Barr et le Mont Sainte-Odile se trouve le berceau des nobles de Landsberg, la ruine du château de Landsberg. Ce château fortifié est situé en contrebas de la Bloss. Une lettre d'Edelindis von Landsberg, abbesse de Niedermunster, qui se trouve dans les archives des Landsberg, fait état, en 1200, que Conrad, avec son accord, a construit ce château sur le ban de Niedermunster et qu'il a procédé à un échange.

 

En 1413 les nobles de Landsberg on vendu la moitié à l'électeur palatin Ludwig61, puis l'autre moitié, avant de racheter à nouveau la propriété. L'aspect du château indique qu'il a été érigé à des époques différentes. La partie basse, dirigée vers Barr, semble être plus ancienne que la partie jouxtant la tour. La partie ancienne est composée de pierres plates alors que la partie la plus récente est faite de pierres à bossage. Ce qui est remarquable c'est l'oriel en encorbellement et les fenêtres avancées qui attestent d'une reconstruction sur des ruines anciennes préexistantes. Une tour carrée s'appuie, comme le reste de l'édifice, sur un rocher. La tour est coiffée de pierres proéminentes qui montrent qu'il y avait jadis un chemin de ronde. Vers le nord, dirigées vers le Maennelstein, il y a deux belles tours rondes. Aux trous dans le mur on peut déduire qu'il y avait jadis 5 étages. Ces tours sont munies de hautes archères pour assurer la défense. Pour accéder aux ouvertures des fenêtres d'une ancienne salle il faut escalader un amas de pierres écroulées ce qui rend l'opération dangereuse. On peut y arriver aussi en empruntant un chemin par l'extérieur. Si on escalade le mur on a une belle vue sur la vallée Saint-Ulrich de Barr, le château du Haut-Andlau, le Spesbourg et l'Ungersberg. Plus loin, à l'entrée des vallées de Villé et de Liepvre, on aperçoit le Frankenbourg. Specklin en parle en ces termes : « lorsque Clovis s'empara de l'Alsace, il construisit, pour surveiller les deux vallées occupées, un château avec une chapelle appelé Frankenbourg ; comme en témoignent les armoiries trouvées gravées dans la pierre ou sur d'anciens vitraux : trois crapeaux noirs sur fond blanc. » Ce château appartient à l'évêché de Strasbourg qui l'a renconstruit à deux repieses, en 1411 et 1447. Le 2 avril 1582 il a été détruit par un incendie.

 

Birckenfels

 

On sait peu de choses sur ce château qui figure pourtant sur le plan de Peter Müller de 1603 et qui est consevé dans les archives de Strasbourg. Il est assez éloigné et en contrebas du Mont Sainte-Odile, entouré de forêts et il ne comporte plus que quatre pans de murs s'appuyant sur un rocher.

 

Dreistein

 

Situés une colline, plus au nord que le Birckenfels, il y a trois petits châteaux en ruine dont chacun est implanté sur un rocher d'où le nom Dreistein. Ils sont cachés car entourés de grands arbres. C'était un fief impérial détenu par les Rathsamhausen d'Ehenweier au même titre que les Rathsamhausen zu Stein étaient gratifiés du château Stein dans le Steinthal (ban de la Roche).

 

Lützelbourg et Rathsamhausen

 

 

 

 

Le château du devant, « vordere Schloss » ou Lützelbourg était un fief impérial détenu par les Andlau. Le château derrière « hintere Schloss » est un fief de l'électeur palatin détenu par les Rathsamhausen d'où le nom château de Rathsamhausen. Ils sont situés sur la montagne entre Ottrott et Klingenthal et distants d'une centaine de mètres l'un de l'autre. Le Lützelbourg a deux tours crénelées entourées d'un mur d'enceinte, l'une carrée, l'autre ronde. Le Rathsamhausen a une tour ronde qui ne comporte aucune ouverture. Le métayer qui habitait ici m'a raconté, lorsque je suis venu pour la première fois en 1733, qu'on avait descendu des mineurs dans la tour et qu'ils ont trouvé des ossements humains enchainés et un éperon en fer que j'ai toujours en ma possession. La longueur de l'éperon semble indiquer qu'il appartenait à un seigneur.

 

Klingenthal

 

La vallée traversée par l'Ehn a obtenu l'agrément, suivant un édit royal de 1730, d'accueillir une manufacture d'armes (Klingen) d'où le nom de Klingenthal. La manufacture a connu plusieurs propriétaires avant d'être transformée en manufacture royale en 1760. Dans cette manufacture, qui occupe environ trois cent ouvriers, sont confectionnés toutes sortes d'armes, des épées, des dagues,, des baïonnettes, des outils de terrassement, au service des troupes royales.

 

 

1Il est né en 1536 à Strasbourg ; sa profession d'origine était tailleur mais il a acquis des connaissances en mathématiques et dans l’architecture militaire. Beaucoup de princes et de seigneurs eurent recours à ses services. Le grand général Lazare Schwendi l'emmena à Regensbourg pour avoir des conseils sur certaines fortifications hongroises. Charles Quint le prit comme conseiller lors de son expédition africaine. Son « Architecture des fortifications », qui parut en 1589, est encore tenu en considération de nos jours.

2Ferdinand II, archiduc d'Autriche antérieure et second fils de Ferdinand 1er.

3La montagne s'appelle encore Heidenkopf, à son sommet, le club vosgien a fait construire en 1909 une tour d'observation, la tour Mundel.

4Jean-Daniel Schoepflin, 1694-1771, historien, professeur à l'université de Strasbourg, auteur de « l'Alsace illustrée ».

5Un mille terrestre fait plus de 1600 m.

6Château situé à proximité de Labaroche.

7Ruine du 13ème siècle située non loin de Niederbronn-les-Bains. Dans ce château il y avait une chapelle bâtie par les romains. Dans les rochers ont peut encore apercevoir l'inscription : Deo Mercurio Attecam Teguliciam Compositam Severinius Catullinus C Fex Voto Posuit LL M.

8Abbaye bénédictine dont la fondation est attribuée à Sainte-Odile et à son père Etichon

9Fille d'une sœur de Saint Léger.

10A l'origine appelée Palmense Monasterium, cette abbaye bénédictine aurait été fondée par Saint Germain archevêque de Besançon au IVème siècle. En raison de son hôte elle porte le nom d'abbaye Sainte-Odile.

11Selon certains chroniqueurs, Etichon, pris d'un accès de colère l'aurait assassiné.

12Cette donation fut entérinée par l'empereur Frédéric I Barberousse et les abbesses portèrent le titre de princesses du Saint Empire Romain Germanique.

13Parmi les pèlerins célèbres qui visitèrent ce lieu figure le roi Christian IV du Danemark qui vint au Mont Sainte-Odile en février 1474, en compagnie du comte de Barby. Ils étaient accompagnés de près de 130 comtes et nobles. C'est au retour d'un pèlerinage à Rome qu'ils s'arrêtèrent au Mont. Avant de descendre le Rhin ils furent reçus à Molsheim par l'évêque Ruprecht de Strasbourg.

14Abbesse de Hohenbourg, fondatrice du prieuré de Truttenheusen et auteur du fameux manuscrit : Hortus deliciarum.

15Comte Bruno d'Eguisheim, évêque de Toul, élu pape en 1049.

16Le célèbre camp de l'Etoile, situé en Picardie près d'Amiens, entouré aussi d'un mur d'enceinte pouvait contenir 3000 soldats. Comme le mur païen a une emprise dix sept fois plus grande, il pourrait donc contenir près de 50000 hommes. Outre la fortification du Mont Sainte-Odile on trouve encore trois autres ouvrages de ce type dans les montagnes entourant la vallée de la Bruche et destinés à protéger le passage du col. La plus grande que j'ai rencontrée se trouve sur le Ringelberg, derrière le château du Ringelstein près d'Oberhaslach.

17Maximin le Thrace empereur romain de 235 à 238.

18Hugo Peltre, la vie de sainte Odile 1699.

19Non loin du parking du bas.

20Ubaldo Allucingoli de Lucques pape de 1181 à 1185.

21Monastère situé près de Heiligenstein et confié aux augustins.

22Évêque de Strasbourg de 1569 à 1592.

23Prince de la maison de Lorraine, évêque de Metz, cardinal et évêque de Strasbourg de 1604 à 1607.

24Léopold V d'Autriche Tyrol nommé évêque de Strasbourg en 1607.

25Léopold Guillaume de Habsbourg évêque d'Halberstadt, Magdebourg, Olmütz, Passau et Strasbourg.

26Roi de Bohême issu de la maison de Luxembourg, empereur qui régna 1355 à 1378.

27Cette relique se trouve à Prague dans la cathédrale Saint-Guy.

28Charles IV de Luxembourg, roi des romains en 1346 et empereur en 1355.

29Jean II de Lichtenberg, évêque de Strasbourg et Landgrave de Basse Alsace.

30Olomouc en Moravie dans l'actuelle Tchéquie.

31Eugénie d'Alsace, fille du duc Adalbert et nièce de sainte Odile. Ses reliques ont été dispersées pendant la guerre de Trente Ans.

32Hughes de Tours qui serait un descendant d'Etichon.

33Une peinture naïve qui représente la scène se trouve dans l'église de Saint Nabor.

34Jean de Manderscheid.

35Église des Jésuites.

36Cette croix fut détruite à la révolution.

37Abbaye fondée en 744 par Sturminius, un disciple de saint Boniface près de Cassel.

38Charles III empereur du Saint Empire Romain Germanique et mari de Sainte Richarde.

39A l'emplacement de l'Hôtel de Ville actuel.

40Frédéric von Ziegler, frère de Maximilien qui est décédé avant lui.

41Elle se trouve Place de l'Hôtel de Ville actuel.

42Appelées aussi Grandes Compagnies, cette armée de routiers de la Guerre de Cent Ans a été commandée en 1375 par Enguerrand VII de Coucy. Sa mère était une Habsbourg, écartée de la succession d'Autriche.

43Appelés populairement « arme Gecken » (pauvres gueux), cette armée a tété dirigée par le dauphin, futur Louis XI.

44John Montgeron archer de la garde écossaise de Charles VII.

45Épisode appelé la guerre des évêques (1592-1608) entre Charles de Lorraine évêque de Metz et le fils de l'électeur de Brandebourg Jean Georges de Brandebourg..

46Évêque de Munster en Allemagne.

47Venceslas de Luxembourg, roi des romains de 1376 à 1378.

48Jacques Twinger de Koenigshoven chroniqueur né à Strasbourg en 1346.

49Chroniqueur né à Wissembourg en 1537.

50Soulèvement des paysans d'Alsace le 14 avril 1525.

51Etienne de Bavière né en 1385 et décédé en 1459, comte palatin fils de Robert 1er du Saint Empire.

52Frédéric II évêque de Strasbourg puis Frédéric III évêque d'Utrecht (1355-1423).

53Né dans le diocèse de Liège vers 712, fut évêque de Metz et un des artisans de l'avènement des carolingiens.

54Elle est né entre 1125 et 1130 et morte à Hohenbourg en 1195, elle fut abbesse de Hohenbourg et auteur du manuscrit le jardin des délices.

55Frédéric VI de Hohenstaufen, troisième fils fils de Frédéric Barberousse.

56Prieuré de l'ordre des Augustins situé à proximité de Colmar.

57Dans le Palatinat.

58Empereur de 1292 à 1298, il est mort à la bataille de Gölheim, l'opposant à son rival Albert de Habsbourg.

59Ville faisant maintenant partie de l'arrondissement de Rastatt.

60Ancien couvent bénédictin remplacé en 1215 par un collégiale de chanoines issus du chapitre de Strasbourg.

 

61Louis III du Palatinat (1378-1436).

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